Liège - capitale de la province
de Liège
Il n'y a aucune évidence de l'existence d'une communauté Juive
à Liège au Moyen-âge.
Au 11ème Siècle, l'Archevêque Wazon, le Seigneur de
la Cité, se disputa avec un médecin Juif sur un thème
lié à la religion, à la cour de l'Empereur Conrad II.
En 1138, un médecin Juif, soigna Rodolphe de Saint-Trond à
Liège, mais il n'y a pas de preuve qu'il y résida.
En 1573, un Juif de Liège se convertit au Christianisme, et en 1722,
un Rabbin Allemand et sa famille y furent baptisés.
La première évidence de l'existence d'un communauté
Juive à Liège se situe après l'occupation française
à la fin du 18 ème Siècle.
Il y avait 24 Juifs habitants Liège en 1811, et entre 20 et 30 familles
juives durant la 2ème moitié du 19 ème siècle.
La plus vielle pierre tombale comportant des caractères Hébraïques
date de 1842, et la communauté avait sa synagogue.
Le 11 Mai 1940, durant l'occupation Nazie, la population Juive était
forte de 2000 personnes ( selon un rapport de la Gestapo, il y avait 3000
Juifs à Liège en 1939 ).
Le 29 Octobre 1941, Liège fut désignée comme l'une
des 4 villes Belges pouvant accueillir une population Juive. Les autres
villes étant Bruxelles, Anvers et Charleroi.
A la libération de Liège par les Américains le 8 Septembre
1944, il y avait 1200 Juifs dans la cité.
En 1959, on dénombrait une population de 594 Juifs. Liège
avait un ministre officiant (Hazzan), mais pas de Rabbin. Afin de s'approvisionner
en nourriture kasher, il fallait se déplacer jusqu'à Bruxelles
ou Anvers.
La communauté est orthodoxe. La communauté compte 25% de mariage
mixtes, l'observation religieuse y est peu suivie, et il y a une certaine
tendance à l'assimilation.
Israël et le Sionisme sont des moyens d'expression de l'identité
juive de la communauté de Liège.
Plusieurs groupements sionistes et autre organisations permettent de récolter
des fonds pour l'État d'Israël.
En 1968, la population Juive dépassait les 1000 personnes.
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Les camps des
Juifs dans le Nord de la France (1942-1944)
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Communication de Danielle Delmaire dans la revue MEMOR no. 8 de Décembre
1987.
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1. Mise en
place des camps
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Mai 1942, Hitler décida de protéger le flanc occidental de
la nouvelle Europe par l'édification du mur de l'Atlantique qu'il
confia à l'Organisat Enion Todt (O.T.). La construction de multiples
bunkers, entrepôts de munitions et autres ouvrages exigeait une quantité
énorme de béton mais aussi une quantité non moins importante
de main d'oeuvre. Or des ordonnances établies en 1941 interdirent
aux Juifs de Belgique un grand nombre de métiers si bien qu'au printemps
1942, le chômage sévissait dans la plupart des familles juives
belges. En outre, peu de temps auparavant, en janvier 1942, à Wannsee,
Hitler ordonnait la mise à exécution de la solution finale.
Les Juifs fourniront donc une main d'oeuvre servile nécessaire à
ces gigantesques chantiers, en attendant d'aller mourir à Auschwitz.
Certes, les Juifs ne constituèrent pas la seule main d'oeuvre : des
volontaires, percevant d'ailleurs d'honnêtes salaires, des requis
parmi la population locale travaillèrent également à
l'édification du Mur de l'Atlantique, mais ils étaient traités
autrement mieux que les Juifs dont les conditions de vie dans les camps
de travail de la côte du Nord de la France préfiguraient les
camps de concentration d'Europe orientale. Dès le 13 juin 1942, les
Juifs commencent à être affectés aux camps de l'organisation
Todt du Nord de la France. 2.252 "travailleurs obligatoires" Juifs seront
ainsi déportés jusqu'au 12 septembre. Comme l'occupant l'a
concédé, ils sont choisis parmi les "asociaux". Les Juifs
ne sont pas définis juridiquement comme tels, mais avec le "désenjuivement
de l'économie", activé avant la mi-mai, nombre d'entre eux
tombent dans cette catégorie. Rien qu'à Bruxelles., l'oberfeldkommandatur
croit savoir que les chômeurs juifs seraient au nombre de 5.000.
En guise de recensement, les services allemand et belge de la "mise au travail"
disposent seulement des "listes et des communications concernant les Juifs
qui ont été obligés de liquider leurs affaires", ainsi
que du registre des Juifs. L'occupant puise cependant avec prudence dans
cette réserve juive de main-d'oeuvre. Les services allemands restent
dans l'ombre, l'opération est confiée aux offices belges.
Dès mai, ils jouent pleinement leur rôle. Ils convoquent, individuellement,
les Juifs pour vérifier leurs moyens d'existence : les "asociaux"
repérés passent la visite médicale, puis ils sont convoqués
aux lieux de départ. A Anvers d'où provient la grande masse des "travailleurs
obligatoires", c'est la police belge qui porte la convocation de l'office
belge du travail. Les Allemands, l'O.T. et ses gardes n'interviennent qu'après
l'arrivée des Juifs convoqués par les Belges. L'opération
s'étale sur trois mois : d'Anvers partent quatre convois, le 13 juin
et le 14 juillet, le 15 août et enfin, le 12 septembre : trois autres
convois quittent respectivement, Bruxelles le 26 juin, Charleroi, le 13
juillet et Liège le 3 août.
Au début de l'été 1942, les camps de travail pour Juifs
s'ouvrent donc le long de la côte et s'y ajoute un camp dans les Ardennes
: les Mazures, près de Charleville. Le 13 juin 1942, un premier convoi
de 250 Juifs de diverses nationalités arrive au camp de Condette,
au sud de Boulogne. Un mois plus tard, le 14 juillet 1942, un convoi débarque
des Juifs belges et d'autres nationalités à Calais et à
Fort-Mahon puis environ 200 Juifs anversois arrivent le 18 juillet aux Mazures
via Revin. Au mois d'août, les arrivés se poursuivent : à
Calais encore 250 hommes, à Boulogne 300 personnes par le convoi
du 14 août 1942. Le 5 août 1942, un autre convoi parvient à
Dannes-Camiers via Boulogne.
A Dannes, les Allemands centralisaient les arrivés puis ils répartissaient
les prisonniers vers d'autres camps : plus de 100 prisonniers sont envoyés
à Ferques en juin-juillet 1942, le convoi du 14 août 1942 se
dirigeant vers Boulogne a transité à Dannes, fin septembre
1942, 250 prisonniers parmi les plus robustes de Dannes, qui sont dirigés
vers Etaples. La direction de l'O.T. de toute la région s'étendant
de Calais au Havre s'est établie à Audinghen, le site à
proximité du Cap Gris Nez occupe la position stratégique la
plus avancée dans le détroit du Pas-de-Calais. Ne s'y trouvent
que des Allemands et des travailleurs logés dans les maisons abandonnées
ou dans un camp tout à côté car la population a dû
évacuer l'endroit. Dès le mois d'août 1942, la firme
Hermann Dorhmann de Mülheim dans la Ruhr, spécialisée dans
la construction de routes et grands travaux, dresse cinq listes de travailleurs
juifs originaires de Bruxelles et quelques-uns d'Anvers pour tenir à
jour la comptabilité des salaires. Ces cinq listes concernent la
période du 9 août au 17 octobre 1942, chacune d'elles correspond
à deux semaines de salaire et porte 120 noms sauf la cinquième
qui n'en contient que 118. Enfin, en septembre 1942, 250 Juifs de Belgique
viennent travailler à Etaples, ils appartiennent aux camps de Dannes
et de Camiers.
Pendant ce même temps, dès août et septembre 1942, débutent
les grandes rafles de Juifs sur le territoire belge et des départements
du Nord et du Pas-de-Calais afin de procéder à la Solution
Finale. Le premier convoi de la déportation s'ébranle de Malines
vers Auschwitz le 4 août 1942.
Les Allemands prévoient la déportation de 20.000 personnes
or, malgré la planification, les services de la déportation
ne parviennent pas à rassembler les effectifs prévus; ils
décident donc de les compléter par les travailleurs des camps
de la côte française. Cette décision contrarie toute
logique et permet de mesurer la démence nazie concernant l'extermination
des Juifs : coûte que coûte il faut le nombre de victimes fixé
par le plan même s'il faut retarder la défense du Reich, la
protection de l'Europe hitlérienne. La Solution Finale a la priorité
sur les objectifs militaires ! Quatre convois au moins comprennent un grand
nombre de travailleurs des camps du Nord de la France : les convois XIV
et XV du 24 octobre 1942 et XVI et XVII du 31 octobre 1942.
En une semaine, du 24 octobre au 31 octobre 1942, les camps sont presque
vidés et les quatre convois des 24 et 31 octobre emmènent
l'effectif prévu des victimes ! et la construction du Mur de l'Atlantique
s'en trouve certainement ralentie.
Les camps ne demeurèrent pas complètement déserts.
Les Juifs de nationalité belge et les époux d'aryennes y restèrent
et d'autres prisonniers remplacèrent les déportés,
mais la population de ces camps pour Juifs n'atteignit plus le nombre élevé
de 2.000 personnes de l'été 1942. Des détenus de la
prison de Merxplas vinrent occuper les camps de Calais et de Fort-Mahon
à partir d'octobre 1942. Le camp de Peuplingues ne fonctionne que
du 5 octobre 1942 au 10 décembre 1942 tandis que celui de Condette,
ouvert en juin 1942 reste en activité jusqu'au début de 1944.
Le camp des Mazures dura environ autant de temps puisqu'il débuta
en juillet 1942 et fut liquidé le 5 janvier 1944, sa population avait
été transférée à Drancy. Une partie fut
libérée à Drancy même le 19 août 1944 mais
une autre partie fut déportée à Auschwitz. De même
des Juifs sont internés dans le camp de Fort-Mahon jusque février
1944; le 15 décembre 1943, 200 à 250 hommes y vivent encore.
De février à avril 1944 ce sont des Russes qui les remplacent.
Le camp central de Dannes ne désemplit pas, même si parfois
l'effectif se réduit à une soixantaine d'hommes à la
fin de 1942. En 1943, d'autres arrivées gonflent à nouveau
les chiffres, en novembre 1943 les Allemands transfèrent à
Dannes des prisonniers d'Aurigny ou de Guernesey qu'ils séparèrent
des prisonniers belges.
Donc, après la première phase, c'est-à-dire de l'ouverture
des camps en juin ou juillet 1942 jusqu'à la grande ponction effectuée
durant la dernière semaine d'octobre 1942, les camps connaissent
une seconde phase avec une population moins dense mais de constantes arrivées,
plus espacées il est vrai, en augmentent le nombre. A l'issue de
cette seconde phase, une seconde période de transfert se déroule
en janvier-février 1944 : le camp des Mazures ferme, à Fort-Mahon
des Russes remplacent les Juifs. Puis le printemps 1944 connaît une troisième
phase d'occupation avec l'arrivée d'un important convoi en provenance
de l'île d'Aurigny. Le 7 mai 1944, 650 prisonniers juifs évacuent
Aurigny en bateau vers Cherbourg, pendant 10 jours et 9 nuits ils circulent
en train de Cherbourg à Hazebrouck, ils s'entassent à cinquante
par wagons. A Hazebrouck, ils sont parqués dans un hangar, ce qui
permet quelques évasions, puis un tri s'opère : 150, les moins
valides sont envoyés au lycée Mariette de Boulogne où ils
occupent le quatrième étage, les 500 autres sont dirigés
vers Dannes et Camiers. Durant un mois et demi, sous les bombardements alliés,
ils entretiennent les fortifications déjà construites. Le
30 juin 1944, le camp de Camiers reçoit les prisonniers de Dannes
et enfin, en août 1944, les Allemands se replient sur Samer avec leurs
prisonniers. Début septembre, dans la débâcle, ils parviennent
encore à organiser un convoi pour la déportation : il ne va
pas loin, à Dixmude la résistance belge l'arrête et
libère les occupants. |
2. Durée
des camps
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Pendant 26 mois, une douzaine de camps juifs furent ouverts entre Calais
et Abbeville et le camp des Mazures, quant à lui, le reste durant
18 à 20 mois. Ils n'étaient pas tous occupés continuellement
: quelques camps plus importants et permanents alimentaient en main d'oeuvre
les autres camps plus modestes et temporaires. Certains camps hébergeaient
des prisonniers le temps d'achever la construction d'un ouvrage. Dannes
et Camiers étaient des centres permanents d'où les Allemands envoyaient
les prisonniers vers Etaples, Hardelot, Merlimont, voire même Calais,
Ferques et Sangatte au nord et Fort-Mahon au sud qui fonctionnèrent
épisodiquement sous forme de commando de travail dépendant
de Dannes. Ainsi, durant la première période, H. Zuckerman
déporté à Dannes, travailla aussi à Etaples
et Merlimont; durant la seconde période, des transferts sont effectués
d'un camp à l'autre et il en est de même pendant la troisième
période où les détenus venus d'Aurigny vivent à Dannes
puis Camiers et travaillent à Etaples.
L'Organisation Todt établie à Dannes assurait la gestion et
la surveillance de tous ces camps, sauf celui des Mazures indépendant
des camps de la côte mais appartenant néanmoins à la
même organisation. Des S.S. allemands, belges, hollandais les secondaient
notamment pour ce qui concerne la discipline; un Wachtmeister et un Oberwachtmeister
appartenant au N.S.D.A.P. cantonnaient à Dannes. Parfois, la Wahrmacht
gardait également les camps, des témoignages signalent sa
présence à Fort-Mahon par exemple. A Peuplingues, outre des
O.T. belges et hollandais et des SS hollandais, des Jeunesses Hitlériennes
gardent et dirigent le camp. A Boulogne uniquement, les Allemands utilisèrent
des kapos : après l'arrivée des Juifs d'Aurigny, les internés
juifs allemands du collège Mariette devinrent les gardiens, ils possédaient
des bâtons puis des fusils sur ordre des Allemands.
Les Juifs résidant en Belgique avant la guerre formaient l'essentiel
de la population internée. La plupart avait habité Bruxelles
ou Anvers, une part moins importante venait de l'Est de la Belgique : Charleroi,
Liège, Seraing. Parmi eux se trouvaient beaucoup d'étrangers
: ils furent les premiers mis au travail et les déportés de
la dernière semaine d'octobre 1942. Ils avaient fui les pays d'Europe
centrale pour s'installer en Belgique entre les deux guerres mondiales :
la Pologne principalement, la Tchécoslovaquie, l'Allemagne ... Les
Juifs de nationalité belge sont restés dans les camps de la
côte et aux Mazures durant les deux premières phases au moins,
par contre lors de la troisième phase, les Juifs français
constituent la majorité des travailleurs. A Aurigny, les Allemands
avaient interné des Juifs de France qui, pour la plupart mais pas
tous, avaient épousé une non juive.
Des entreprises de bâtiment qui travaillaient pour l'O.T. employaient
cette main d'oeuvre quasi gratuitement. Les enquêtes menées
après la guerre livrent quelques noms : les firmes de la Ruhr Julius
Berger de Essen à Dannes, Dohrmann de Mülheim à Audinghen
ou Helfaut, Strutzenberger de Gelsenkirchen à Calais, les entreprises
de la Sarre Fr. Wolff à Calais, Micka de Saarbruck à Camiers
et Joh. Schneider de la même ville à Hardelot ou encore Nick
Garçon et Fils de Bitburg ou Durr et Rosetzky de Stuttgart, la première
à Fort- Mahon et la seconde à Sangatte. Aux Mazures, un exploitant
forestier de Revin, Vaisset, utilisait les prisonniers, ainsi que l'entreprise
Viot également de Revin. L'entreprise bruxelloise Sobeco s'était
implantée à Etaples. |
3. Le travail
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Partout sur la côte, le travail consistait en trois tâches :
- La construction des lignes de défense (blockhaus, batteries de
tir, entrepôts de munitions, tunnels), édification de pieux
Rommel en bordure de mer, montage de câbles électriques qui
reliaient les édifices entre eux;
- La construction de routes dans le sable permettant d'acheminer les
matériaux des gares vers les chantiers et entretien des voies
ferrées ou autres voies de communication.
- La construction de blockhaus et de routes exigeait de pénibles
travaux de bétonnage car les routes elles-mêmes se construisaient
avec des plaques de béton. Quant à l'entretien des voies
ferrées et des routes, il demandait des travaux de terrassement
non moins rudes dans les dunes. Ces deux tâches servaient la stratégie
militaire et l'effort de guerre des Allemands et ont duré les
trois phases d'occupation des camps.
- Le déblaiement des voies de communication et des gares après,
voire pendant, les bombardements était la troisième tâche
et n'a concerné que la troisième phase d'occupation des
camps; il signifie le début de la déroute allemande. La
gare d'Etaples subit d'intenses bombardements alliés car elle
présente une bifurcation : vers le nord une voie se dirige vers
Boulogne, vers le sud cette même voie rejoint Abbeville tandis
que vers l'est une troisième voie mène vers Arras. Ce
fut à cette gare que les plus importants et les plus meurtriers
travaux de déblaiement furent accomplis par les prisonniers.
Aux Mazures, outre l'entretien des routes et le travail à la gare
de Revin, les prisonniers abattaient des arbres pour la fabrication de charbon
de bois, la région très forestière du massif des Ardennes
connaît une longue tradition métallurgique.
En plus de ce labeur harassant, les prisonniers étaient encore astreints
à un travail à l'intérieur des camps, soit pour le
nettoyage, soit par punition.
Partout, y compris aux Mazures, la journée de travail dépassait
toujours dix heures, plus souvent elle durait treize à quatorze heures,
à Fort-Mahon elle pouvait même atteindre dix- huit heures.
Mais lorsque les ouvrages l'exigeaient, la durée du travail était
illimitée et soumise à la décision du chef de chantier.
Les internés de Boulogne quittaient parfois leur camp pendant sept
à huit jours, ceux de Camiers travaillaient de temps à autre
trente six à quarante heures consécutives, sans repos. La
préparation d'un blockhaus n'autorisait aucune pause : il fallait
d'abord couler le socle en béton puis y fixer le ferraillage de l'armature
et enfin couler le béton dans le coffrage pour l'édification
de l'ouvrage, ce qui devait se faire en une seule fois durant douze à
trente six et même quarante huit heures ! Les gardes luttaient contre
la fatigue en s'enivrant et ils devenaient plus féroces encore.
La journée de travail s'allongeait par un trajet souvent effectué
à pied, rarement en camions, de plusieurs kilomètres et qui
variait de une à deux heures. Les prisonniers de Dannes et de Camiers
se rendaient à Condette à deux heures de marche ou en gare
de Neufchatel à cinq ou six km, la gare d'Etaples se trouvait à
huit ou dix km du camp. Les travailleurs à Rue, de Fort-Mahon ou
de Peuplingues se rendaient sur des chantiers distants de cinq ou dix km
du camp. Les dimanches étaient chômés deux fois sur
trois ou trois fois sur quatre.
La surveillance était stricte; une évasion à partir
du chantier ou lors du trajet présentait des risques car les gardes
portaient des armes. Sur certains chantiers, les Allemands interdisaient
même de parler.
Rarement les internés touchaient un salaire, pourtant l'ordonnance
du 8 mai 1942 relative à l'emploi des Juifs, prévoyait une
rémunération. Les Juifs employés par la firme Dohrmann
percevaient 802,74 F pour deux semaines Au camp de Boulogne, il était
prévu de verser une part du salaire à la famille, environ
500 F pour quinze jours, par la Banque de Paris et des Pays-Bas, une part
au travailleur et de réserver une troisième part à
son entretien. En réalité, les internés n'ont que très
rarement, sinon jamais, obtenu d'argent et les familles qui souvent craignaient
un guet-apens ou qui vivaient clandestinement, ne réclamaient pas
leur dû. Aux Mazures, les Allemands partageaient les salaires entre
l'interné et sa famille mais la rémunération ne dura
que les huit premiers mois. |
4. La vie
au camp
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A Dabbes le Lager Tibor se trouvait à la sortie du village vers Boulogne,
non loin un second camp hébergeait des non juifs, ces deux catégories
de prisonniers ne se rencontraient que rarement sur le chantier. Les prisonniers
non juifs circulaient librement en dehors de leurs camps. A Camiers, le
Lager Gneisenau était installé près de la gare, dans
une propriété privée, dans un autre camp libre vivaient
des ouvriers volontaires mais les Juifs du Lager Gneisenau n'eurent que
très peu de contacts avec eux et avec la population du village en
grande partie évacuée.
Les camps de Juifs étaient des camps d'internement, les Juifs étaient
mis au travail forcé, ils ne bénéficiaient donc d'aucune
sortie ou d'aucun ausweiss, aucun camp de la côte ne fait exception.
Après juillet 1943, les prisonniers du camp des Mazures eurent le
droit de sortir le dimanche après-midi. Colis et correspondance ne
parvenaient que très rarement aux camps d'autant plus que lors des
derniers mois de la guerre, les familles ignoraient le lieu de détention
de leur prisonnier qui avait changé plusieurs fois de camp, et quelques-unes
de ces familles avaient déjà disparu ou se cachaient.
Quotidiennement, les prisonniers subissaient les humiliations et les mauvais
traitement. Tous les témoins dénoncent les coups brutaux reçus,
parfois avec des barres de fer, au camp ou sur le chantier. Un habitant
de la région se souvient d'avoir fréquemment vu les prisonniers
rentrer au camp en soutenant des camarades blessés. A Dannes, des
hommes eurent les membres brisés, les dents cassées.
Les mauvais traitements, la sous-alimentation et la malnutrition, les durs
travaux entraînaient parfois la mort. Au cimetière de Dannes, les
tombes de six Juifs décédés en juillet et décembre
1942 se dressent encore, modestement.
Des décès se produisaient aussi sur le chantier, lors des
bombardements : à Etaples, les prisonniers déblayaient et
réparaient le pont de ville en même temps que les bombardiers
alliés lâchaient leur cargaison. Lors d'une attaque particulièrement
intense, neuf prisonniers moururent. Sur le chantier de Sainte Cécile,
près de Camiers, deux détenus ont perdu la vie : Gordon dans
un éboulement de sable et Grinvogel écrasé par un wagon
qui se retourna sur lui. Un accident identique survint à Dannes en
1942.
Les coups de bâton et de pelle ne paraissaient pas suffisants aux
S.S. et autres gardes. Au lycée Mariette, le gardien Thiele et son
adjoint Kling se singularisaient par leur inhumanité.
Ils obligeaient les Juifs exténués par le travail à
ramper dans les ronces, tous sans exception même les malades, ou si
les prisonniers rentraient trop tard du chantier, ils leur ordonnaient de
désherber la cour à la main pour transporter cette herbe quelques
mètres plus loin. Un peu partout, les surveillants imposaient des
exercices de gymnastique, prétextes à frapper quand ces exercices
étaient exécutés trop lentement. A Dannes, il fallait
ramper bien alignés sinon les coups de bâton pleuvaient ou
bien courir pour se dégourdir si les prisonniers étaient fatigués
et s'ils étaient reposés, il fallait encore se dégourdir
en courant ! Certains geôliers se montraient raffinés dans
leur cruauté. Le dimanche, ils promettaient une séance de
cinéma qui, en réalité était des corvées
supplémentaires dans des carrières ou des bosquets voisins.
Toujours à Dannes, un gardien ordonna à un juif de gifler
un camarade, comme celui-ci refusait d'obtempérer, l'Allemand le
gifla violemment. L'odieux est atteint par la punition infligée aux
Juifs en prière pendant leur fête de Yom Kippour de 1942.
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5. Aides
de la population locale et évasions
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Sur 2.252 Juifs belges internés dans les camps de travail forcé
dans le Nord de la France, les enquêtes belges effectuées après
la guerre ont recensé 196 évasions, ce qui représente
8,7 %. Malheureusement, ce dossier ne précise pas les dates des évasions
or, il semble que les occasions de fuite se présentèrent surtout
lors des transferts et à la fin de l'été 1944, quand
les Allemands maîtrisaient mal la situation.
L'aide de la population ne consistait pas uniquement à favoriser
une évasion, elle pouvait également se manifester pour adoucir
la rude vie des internés. Il fallait pour cela transgresser les terribles
interdits des Allemands qui imposaient un isolement total des Juifs. Aussi,
ce n'était pas sans danger que les habitants du Boulonnais essayaient
de leur procurer quelque nourriture ou même de communiquer avec eux.
Un jardinier vit un fusil allemand braqué sur lui car il tentait
de donner des carottes qu'il déterrait à des Juifs. Malgré
la pénurie, des villageois jetaient quelques aliments aux travailleurs
qui se risquaient près de leurs maisons proches des chantiers, les
enfants de Camiers lançaient parfois du pain au- dessus des barbelés
du camp. D'autres villageois moins généreux se faisaient payer.
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6. Conclusions
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Dans une douzaine de camps situés entre Calais et Abbeville ainsi
que dans le camp des Mazures dans les Ardennes, près de 3.000 Juifs
se sont épuisés à construire et à entretenir
le Mur de l'Atlantique, jusqu'à en mourir parfois. 2.252 Juifs belges
séjournèrent dans ces camps, il faut ajouter les 650 Juifs
français venus d'Aurigny et probablement d'autres Juifs encore, originaires
de France ou d'ailleurs. 3.000 semble donc un nombre minimal.
La période la plus animée dure tout l'été 1942
pendant lequel 1.522 Juifs belges subissent, en premier, la férocité
des nazis, avant de disparaître vers l'Est. Entre les derniers jours du
mois d'octobre 1942 et le printemps 1944, 700 Juifs belges ont donc encore
souffert dans ces camps : c'est la seconde période. Peu s'y trouvaient
encore quand le train parti d'Aurigny apporta les déportés
français en mai 1944; débute alors la troisième période,
la plus dangereuse car les chantiers subissaient les bombardements alliés
et car les Allemands pressentaient la défaite.
Cette courte histoire des camps de Juifs dans le Nord de la France veut
combler une lacune de l'histoire locale pendant l'occupation allemande et
de l'histoire de la persécution raciale par les nazis, en France.
Il s'agit ici d'une première démarche, d'autres investigations
auprès des rescapés et des Boulonnais restent encore nécessaires
pour achever ce travail. Ce qui précède sert donc de conclusion
provisoire.
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© Groupe de recherches Dannes-Camiers
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