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Liège
Capitale de la province, dans Encyclopedia Judaica.

Les camps des juifs dans le nord de la France (1942-1944)
DELMAIRE, D., Les camps des juifs dans le nord de la France (1942-1944), dans Memor, n.8, oct. 1989.

Carte de Dannes-Camiers
Id.

Plans et photographies du camp
Id.



Liège - capitale de la province de Liège



Il n'y a aucune évidence de l'existence d'une communauté Juive à Liège au Moyen-âge.

Au 11ème Siècle, l'Archevêque Wazon, le Seigneur de la Cité, se disputa avec un médecin Juif sur un thème lié à la religion, à la cour de l'Empereur Conrad II.

En 1138, un médecin Juif, soigna Rodolphe de Saint-Trond à Liège, mais il n'y a pas de preuve qu'il y résida.

En 1573, un Juif de Liège se convertit au Christianisme, et en 1722, un Rabbin Allemand et sa famille y furent baptisés.

La première évidence de l'existence d'un communauté Juive à Liège se situe après l'occupation française à la fin du 18 ème Siècle.
Il y avait 24 Juifs habitants Liège en 1811, et entre 20 et 30 familles juives durant la 2ème moitié du 19 ème siècle.

La plus vielle pierre tombale comportant des caractères Hébraïques date de 1842, et la communauté avait sa synagogue.

Le 11 Mai 1940, durant l'occupation Nazie, la population Juive était forte de 2000 personnes ( selon un rapport de la Gestapo, il y avait 3000 Juifs à Liège en 1939 ).

Le 29 Octobre 1941, Liège fut désignée comme l'une des 4 villes Belges pouvant accueillir une population Juive. Les autres villes étant Bruxelles, Anvers et Charleroi.

A la libération de Liège par les Américains le 8 Septembre 1944, il y avait 1200 Juifs dans la cité.

En 1959, on dénombrait une population de 594 Juifs. Liège avait un ministre officiant (Hazzan), mais pas de Rabbin. Afin de s'approvisionner en nourriture kasher, il fallait se déplacer jusqu'à Bruxelles ou Anvers.

La communauté est orthodoxe. La communauté compte 25% de mariage mixtes, l'observation religieuse y est peu suivie, et il y a une certaine tendance à l'assimilation.

Israël et le Sionisme sont des moyens d'expression de l'identité juive de la communauté de Liège.

Plusieurs groupements sionistes et autre organisations permettent de récolter des fonds pour l'État d'Israël.

En 1968, la population Juive dépassait les 1000 personnes.




Les camps des Juifs dans le Nord de la France (1942-1944)

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Communication de Danielle Delmaire dans la revue MEMOR no. 8 de Décembre 1987.

1. Mise en place des camps.
2. Durée des camps.
3. Le travail.
4. La vie au camp.
5. Aides de la population locale et évasions.
6. Conclusions.


1. Mise en place des camps

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Mai 1942, Hitler décida de protéger le flanc occidental de la nouvelle Europe par l'édification du mur de l'Atlantique qu'il confia à l'Organisat Enion Todt (O.T.). La construction de multiples bunkers, entrepôts de munitions et autres ouvrages exigeait une quantité énorme de béton mais aussi une quantité non moins importante de main d'oeuvre. Or des ordonnances établies en 1941 interdirent aux Juifs de Belgique un grand nombre de métiers si bien qu'au printemps 1942, le chômage sévissait dans la plupart des familles juives belges. En outre, peu de temps auparavant, en janvier 1942, à Wannsee, Hitler ordonnait la mise à exécution de la solution finale. Les Juifs fourniront donc une main d'oeuvre servile nécessaire à ces gigantesques chantiers, en attendant d'aller mourir à Auschwitz. Certes, les Juifs ne constituèrent pas la seule main d'oeuvre : des volontaires, percevant d'ailleurs d'honnêtes salaires, des requis parmi la population locale travaillèrent également à l'édification du Mur de l'Atlantique, mais ils étaient traités autrement mieux que les Juifs dont les conditions de vie dans les camps de travail de la côte du Nord de la France préfiguraient les camps de concentration d'Europe orientale. Dès le 13 juin 1942, les Juifs commencent à être affectés aux camps de l'organisation Todt du Nord de la France. 2.252 "travailleurs obligatoires" Juifs seront ainsi déportés jusqu'au 12 septembre. Comme l'occupant l'a concédé, ils sont choisis parmi les "asociaux". Les Juifs ne sont pas définis juridiquement comme tels, mais avec le "désenjuivement de l'économie", activé avant la mi-mai, nombre d'entre eux tombent dans cette catégorie. Rien qu'à Bruxelles., l'oberfeldkommandatur croit savoir que les chômeurs juifs seraient au nombre de 5.000.

En guise de recensement, les services allemand et belge de la "mise au travail" disposent seulement des "listes et des communications concernant les Juifs qui ont été obligés de liquider leurs affaires", ainsi que du registre des Juifs. L'occupant puise cependant avec prudence dans cette réserve juive de main-d'oeuvre. Les services allemands restent dans l'ombre, l'opération est confiée aux offices belges. Dès mai, ils jouent pleinement leur rôle. Ils convoquent, individuellement, les Juifs pour vérifier leurs moyens d'existence : les "asociaux" repérés passent la visite médicale, puis ils sont convoqués aux lieux de départ. A Anvers d'où provient la grande masse des "travailleurs obligatoires", c'est la police belge qui porte la convocation de l'office belge du travail. Les Allemands, l'O.T. et ses gardes n'interviennent qu'après l'arrivée des Juifs convoqués par les Belges. L'opération s'étale sur trois mois : d'Anvers partent quatre convois, le 13 juin et le 14 juillet, le 15 août et enfin, le 12 septembre : trois autres convois quittent respectivement, Bruxelles le 26 juin, Charleroi, le 13 juillet et Liège le 3 août.

Au début de l'été 1942, les camps de travail pour Juifs s'ouvrent donc le long de la côte et s'y ajoute un camp dans les Ardennes : les Mazures, près de Charleville. Le 13 juin 1942, un premier convoi de 250 Juifs de diverses nationalités arrive au camp de Condette, au sud de Boulogne. Un mois plus tard, le 14 juillet 1942, un convoi débarque des Juifs belges et d'autres nationalités à Calais et à Fort-Mahon puis environ 200 Juifs anversois arrivent le 18 juillet aux Mazures via Revin. Au mois d'août, les arrivés se poursuivent : à Calais encore 250 hommes, à Boulogne 300 personnes par le convoi du 14 août 1942. Le 5 août 1942, un autre convoi parvient à Dannes-Camiers via Boulogne.

A Dannes, les Allemands centralisaient les arrivés puis ils répartissaient les prisonniers vers d'autres camps : plus de 100 prisonniers sont envoyés à Ferques en juin-juillet 1942, le convoi du 14 août 1942 se dirigeant vers Boulogne a transité à Dannes, fin septembre 1942, 250 prisonniers parmi les plus robustes de Dannes, qui sont dirigés vers Etaples. La direction de l'O.T. de toute la région s'étendant de Calais au Havre s'est établie à Audinghen, le site à proximité du Cap Gris Nez occupe la position stratégique la plus avancée dans le détroit du Pas-de-Calais. Ne s'y trouvent que des Allemands et des travailleurs logés dans les maisons abandonnées ou dans un camp tout à côté car la population a dû évacuer l'endroit. Dès le mois d'août 1942, la firme Hermann Dorhmann de Mülheim dans la Ruhr, spécialisée dans la construction de routes et grands travaux, dresse cinq listes de travailleurs juifs originaires de Bruxelles et quelques-uns d'Anvers pour tenir à jour la comptabilité des salaires. Ces cinq listes concernent la période du 9 août au 17 octobre 1942, chacune d'elles correspond à deux semaines de salaire et porte 120 noms sauf la cinquième qui n'en contient que 118. Enfin, en septembre 1942, 250 Juifs de Belgique viennent travailler à Etaples, ils appartiennent aux camps de Dannes et de Camiers.

Pendant ce même temps, dès août et septembre 1942, débutent les grandes rafles de Juifs sur le territoire belge et des départements du Nord et du Pas-de-Calais afin de procéder à la Solution Finale. Le premier convoi de la déportation s'ébranle de Malines vers Auschwitz le 4 août 1942.

Les Allemands prévoient la déportation de 20.000 personnes or, malgré la planification, les services de la déportation ne parviennent pas à rassembler les effectifs prévus; ils décident donc de les compléter par les travailleurs des camps de la côte française. Cette décision contrarie toute logique et permet de mesurer la démence nazie concernant l'extermination des Juifs : coûte que coûte il faut le nombre de victimes fixé par le plan même s'il faut retarder la défense du Reich, la protection de l'Europe hitlérienne. La Solution Finale a la priorité sur les objectifs militaires ! Quatre convois au moins comprennent un grand nombre de travailleurs des camps du Nord de la France : les convois XIV et XV du 24 octobre 1942 et XVI et XVII du 31 octobre 1942.

En une semaine, du 24 octobre au 31 octobre 1942, les camps sont presque vidés et les quatre convois des 24 et 31 octobre emmènent l'effectif prévu des victimes ! et la construction du Mur de l'Atlantique s'en trouve certainement ralentie.

Les camps ne demeurèrent pas complètement déserts. Les Juifs de nationalité belge et les époux d'aryennes y restèrent et d'autres prisonniers remplacèrent les déportés, mais la population de ces camps pour Juifs n'atteignit plus le nombre élevé de 2.000 personnes de l'été 1942. Des détenus de la prison de Merxplas vinrent occuper les camps de Calais et de Fort-Mahon à partir d'octobre 1942. Le camp de Peuplingues ne fonctionne que du 5 octobre 1942 au 10 décembre 1942 tandis que celui de Condette, ouvert en juin 1942 reste en activité jusqu'au début de 1944. Le camp des Mazures dura environ autant de temps puisqu'il débuta en juillet 1942 et fut liquidé le 5 janvier 1944, sa population avait été transférée à Drancy. Une partie fut libérée à Drancy même le 19 août 1944 mais une autre partie fut déportée à Auschwitz. De même des Juifs sont internés dans le camp de Fort-Mahon jusque février 1944; le 15 décembre 1943, 200 à 250 hommes y vivent encore. De février à avril 1944 ce sont des Russes qui les remplacent. Le camp central de Dannes ne désemplit pas, même si parfois l'effectif se réduit à une soixantaine d'hommes à la fin de 1942. En 1943, d'autres arrivées gonflent à nouveau les chiffres, en novembre 1943 les Allemands transfèrent à Dannes des prisonniers d'Aurigny ou de Guernesey qu'ils séparèrent des prisonniers belges.

Donc, après la première phase, c'est-à-dire de l'ouverture des camps en juin ou juillet 1942 jusqu'à la grande ponction effectuée durant la dernière semaine d'octobre 1942, les camps connaissent une seconde phase avec une population moins dense mais de constantes arrivées, plus espacées il est vrai, en augmentent le nombre. A l'issue de cette seconde phase, une seconde période de transfert se déroule en janvier-février 1944 : le camp des Mazures ferme, à Fort-Mahon des Russes remplacent les Juifs. Puis le printemps 1944 connaît une troisième phase d'occupation avec l'arrivée d'un important convoi en provenance de l'île d'Aurigny. Le 7 mai 1944, 650 prisonniers juifs évacuent Aurigny en bateau vers Cherbourg, pendant 10 jours et 9 nuits ils circulent en train de Cherbourg à Hazebrouck, ils s'entassent à cinquante par wagons. A Hazebrouck, ils sont parqués dans un hangar, ce qui permet quelques évasions, puis un tri s'opère : 150, les moins valides sont envoyés au lycée Mariette de Boulogne où ils occupent le quatrième étage, les 500 autres sont dirigés vers Dannes et Camiers. Durant un mois et demi, sous les bombardements alliés, ils entretiennent les fortifications déjà construites. Le 30 juin 1944, le camp de Camiers reçoit les prisonniers de Dannes et enfin, en août 1944, les Allemands se replient sur Samer avec leurs prisonniers. Début septembre, dans la débâcle, ils parviennent encore à organiser un convoi pour la déportation : il ne va pas loin, à Dixmude la résistance belge l'arrête et libère les occupants.


2. Durée des camps

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Pendant 26 mois, une douzaine de camps juifs furent ouverts entre Calais et Abbeville et le camp des Mazures, quant à lui, le reste durant 18 à 20 mois. Ils n'étaient pas tous occupés continuellement : quelques camps plus importants et permanents alimentaient en main d'oeuvre les autres camps plus modestes et temporaires. Certains camps hébergeaient des prisonniers le temps d'achever la construction d'un ouvrage. Dannes et Camiers étaient des centres permanents d'où les Allemands envoyaient les prisonniers vers Etaples, Hardelot, Merlimont, voire même Calais, Ferques et Sangatte au nord et Fort-Mahon au sud qui fonctionnèrent épisodiquement sous forme de commando de travail dépendant de Dannes. Ainsi, durant la première période, H. Zuckerman déporté à Dannes, travailla aussi à Etaples et Merlimont; durant la seconde période, des transferts sont effectués d'un camp à l'autre et il en est de même pendant la troisième période où les détenus venus d'Aurigny vivent à Dannes puis Camiers et travaillent à Etaples.

L'Organisation Todt établie à Dannes assurait la gestion et la surveillance de tous ces camps, sauf celui des Mazures indépendant des camps de la côte mais appartenant néanmoins à la même organisation. Des S.S. allemands, belges, hollandais les secondaient notamment pour ce qui concerne la discipline; un Wachtmeister et un Oberwachtmeister appartenant au N.S.D.A.P. cantonnaient à Dannes. Parfois, la Wahrmacht gardait également les camps, des témoignages signalent sa présence à Fort-Mahon par exemple. A Peuplingues, outre des O.T. belges et hollandais et des SS hollandais, des Jeunesses Hitlériennes gardent et dirigent le camp. A Boulogne uniquement, les Allemands utilisèrent des kapos : après l'arrivée des Juifs d'Aurigny, les internés juifs allemands du collège Mariette devinrent les gardiens, ils possédaient des bâtons puis des fusils sur ordre des Allemands.

Les Juifs résidant en Belgique avant la guerre formaient l'essentiel de la population internée. La plupart avait habité Bruxelles ou Anvers, une part moins importante venait de l'Est de la Belgique : Charleroi, Liège, Seraing. Parmi eux se trouvaient beaucoup d'étrangers : ils furent les premiers mis au travail et les déportés de la dernière semaine d'octobre 1942. Ils avaient fui les pays d'Europe centrale pour s'installer en Belgique entre les deux guerres mondiales : la Pologne principalement, la Tchécoslovaquie, l'Allemagne ... Les Juifs de nationalité belge sont restés dans les camps de la côte et aux Mazures durant les deux premières phases au moins, par contre lors de la troisième phase, les Juifs français constituent la majorité des travailleurs. A Aurigny, les Allemands avaient interné des Juifs de France qui, pour la plupart mais pas tous, avaient épousé une non juive.

Des entreprises de bâtiment qui travaillaient pour l'O.T. employaient cette main d'oeuvre quasi gratuitement. Les enquêtes menées après la guerre livrent quelques noms : les firmes de la Ruhr Julius Berger de Essen à Dannes, Dohrmann de Mülheim à Audinghen ou Helfaut, Strutzenberger de Gelsenkirchen à Calais, les entreprises de la Sarre Fr. Wolff à Calais, Micka de Saarbruck à Camiers et Joh. Schneider de la même ville à Hardelot ou encore Nick Garçon et Fils de Bitburg ou Durr et Rosetzky de Stuttgart, la première à Fort- Mahon et la seconde à Sangatte. Aux Mazures, un exploitant forestier de Revin, Vaisset, utilisait les prisonniers, ainsi que l'entreprise Viot également de Revin. L'entreprise bruxelloise Sobeco s'était implantée à Etaples.


3. Le travail

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Partout sur la côte, le travail consistait en trois tâches : - La construction des lignes de défense (blockhaus, batteries de tir, entrepôts de munitions, tunnels), édification de pieux Rommel en bordure de mer, montage de câbles électriques qui reliaient les édifices entre eux;
  • La construction de routes dans le sable permettant d'acheminer les matériaux des gares vers les chantiers et entretien des voies ferrées ou autres voies de communication.

  • La construction de blockhaus et de routes exigeait de pénibles travaux de bétonnage car les routes elles-mêmes se construisaient avec des plaques de béton. Quant à l'entretien des voies ferrées et des routes, il demandait des travaux de terrassement non moins rudes dans les dunes. Ces deux tâches servaient la stratégie militaire et l'effort de guerre des Allemands et ont duré les trois phases d'occupation des camps.

  • Le déblaiement des voies de communication et des gares après, voire pendant, les bombardements était la troisième tâche et n'a concerné que la troisième phase d'occupation des camps; il signifie le début de la déroute allemande. La gare d'Etaples subit d'intenses bombardements alliés car elle présente une bifurcation : vers le nord une voie se dirige vers Boulogne, vers le sud cette même voie rejoint Abbeville tandis que vers l'est une troisième voie mène vers Arras. Ce fut à cette gare que les plus importants et les plus meurtriers travaux de déblaiement furent accomplis par les prisonniers.

Aux Mazures, outre l'entretien des routes et le travail à la gare de Revin, les prisonniers abattaient des arbres pour la fabrication de charbon de bois, la région très forestière du massif des Ardennes connaît une longue tradition métallurgique.

En plus de ce labeur harassant, les prisonniers étaient encore astreints à un travail à l'intérieur des camps, soit pour le nettoyage, soit par punition.

Partout, y compris aux Mazures, la journée de travail dépassait toujours dix heures, plus souvent elle durait treize à quatorze heures, à Fort-Mahon elle pouvait même atteindre dix- huit heures. Mais lorsque les ouvrages l'exigeaient, la durée du travail était illimitée et soumise à la décision du chef de chantier. Les internés de Boulogne quittaient parfois leur camp pendant sept à huit jours, ceux de Camiers travaillaient de temps à autre trente six à quarante heures consécutives, sans repos. La préparation d'un blockhaus n'autorisait aucune pause : il fallait d'abord couler le socle en béton puis y fixer le ferraillage de l'armature et enfin couler le béton dans le coffrage pour l'édification de l'ouvrage, ce qui devait se faire en une seule fois durant douze à trente six et même quarante huit heures ! Les gardes luttaient contre la fatigue en s'enivrant et ils devenaient plus féroces encore.

La journée de travail s'allongeait par un trajet souvent effectué à pied, rarement en camions, de plusieurs kilomètres et qui variait de une à deux heures. Les prisonniers de Dannes et de Camiers se rendaient à Condette à deux heures de marche ou en gare de Neufchatel à cinq ou six km, la gare d'Etaples se trouvait à huit ou dix km du camp. Les travailleurs à Rue, de Fort-Mahon ou de Peuplingues se rendaient sur des chantiers distants de cinq ou dix km du camp. Les dimanches étaient chômés deux fois sur trois ou trois fois sur quatre.

La surveillance était stricte; une évasion à partir du chantier ou lors du trajet présentait des risques car les gardes portaient des armes. Sur certains chantiers, les Allemands interdisaient même de parler.

Rarement les internés touchaient un salaire, pourtant l'ordonnance du 8 mai 1942 relative à l'emploi des Juifs, prévoyait une rémunération. Les Juifs employés par la firme Dohrmann percevaient 802,74 F pour deux semaines Au camp de Boulogne, il était prévu de verser une part du salaire à la famille, environ 500 F pour quinze jours, par la Banque de Paris et des Pays-Bas, une part au travailleur et de réserver une troisième part à son entretien. En réalité, les internés n'ont que très rarement, sinon jamais, obtenu d'argent et les familles qui souvent craignaient un guet-apens ou qui vivaient clandestinement, ne réclamaient pas leur dû. Aux Mazures, les Allemands partageaient les salaires entre l'interné et sa famille mais la rémunération ne dura que les huit premiers mois.


4. La vie au camp

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A Dabbes le Lager Tibor se trouvait à la sortie du village vers Boulogne, non loin un second camp hébergeait des non juifs, ces deux catégories de prisonniers ne se rencontraient que rarement sur le chantier. Les prisonniers non juifs circulaient librement en dehors de leurs camps. A Camiers, le Lager Gneisenau était installé près de la gare, dans une propriété privée, dans un autre camp libre vivaient des ouvriers volontaires mais les Juifs du Lager Gneisenau n'eurent que très peu de contacts avec eux et avec la population du village en grande partie évacuée.

Les camps de Juifs étaient des camps d'internement, les Juifs étaient mis au travail forcé, ils ne bénéficiaient donc d'aucune sortie ou d'aucun ausweiss, aucun camp de la côte ne fait exception. Après juillet 1943, les prisonniers du camp des Mazures eurent le droit de sortir le dimanche après-midi. Colis et correspondance ne parvenaient que très rarement aux camps d'autant plus que lors des derniers mois de la guerre, les familles ignoraient le lieu de détention de leur prisonnier qui avait changé plusieurs fois de camp, et quelques-unes de ces familles avaient déjà disparu ou se cachaient.

Quotidiennement, les prisonniers subissaient les humiliations et les mauvais traitement. Tous les témoins dénoncent les coups brutaux reçus, parfois avec des barres de fer, au camp ou sur le chantier. Un habitant de la région se souvient d'avoir fréquemment vu les prisonniers rentrer au camp en soutenant des camarades blessés. A Dannes, des hommes eurent les membres brisés, les dents cassées.

Les mauvais traitements, la sous-alimentation et la malnutrition, les durs travaux entraînaient parfois la mort. Au cimetière de Dannes, les tombes de six Juifs décédés en juillet et décembre 1942 se dressent encore, modestement.

Des décès se produisaient aussi sur le chantier, lors des bombardements : à Etaples, les prisonniers déblayaient et réparaient le pont de ville en même temps que les bombardiers alliés lâchaient leur cargaison. Lors d'une attaque particulièrement intense, neuf prisonniers moururent. Sur le chantier de Sainte Cécile, près de Camiers, deux détenus ont perdu la vie : Gordon dans un éboulement de sable et Grinvogel écrasé par un wagon qui se retourna sur lui. Un accident identique survint à Dannes en 1942.

Les coups de bâton et de pelle ne paraissaient pas suffisants aux S.S. et autres gardes. Au lycée Mariette, le gardien Thiele et son adjoint Kling se singularisaient par leur inhumanité.

Ils obligeaient les Juifs exténués par le travail à ramper dans les ronces, tous sans exception même les malades, ou si les prisonniers rentraient trop tard du chantier, ils leur ordonnaient de désherber la cour à la main pour transporter cette herbe quelques mètres plus loin. Un peu partout, les surveillants imposaient des exercices de gymnastique, prétextes à frapper quand ces exercices étaient exécutés trop lentement. A Dannes, il fallait ramper bien alignés sinon les coups de bâton pleuvaient ou bien courir pour se dégourdir si les prisonniers étaient fatigués et s'ils étaient reposés, il fallait encore se dégourdir en courant ! Certains geôliers se montraient raffinés dans leur cruauté. Le dimanche, ils promettaient une séance de cinéma qui, en réalité était des corvées supplémentaires dans des carrières ou des bosquets voisins. Toujours à Dannes, un gardien ordonna à un juif de gifler un camarade, comme celui-ci refusait d'obtempérer, l'Allemand le gifla violemment. L'odieux est atteint par la punition infligée aux Juifs en prière pendant leur fête de Yom Kippour de 1942.


5. Aides de la population locale et évasions

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Sur 2.252 Juifs belges internés dans les camps de travail forcé dans le Nord de la France, les enquêtes belges effectuées après la guerre ont recensé 196 évasions, ce qui représente 8,7 %. Malheureusement, ce dossier ne précise pas les dates des évasions or, il semble que les occasions de fuite se présentèrent surtout lors des transferts et à la fin de l'été 1944, quand les Allemands maîtrisaient mal la situation.

L'aide de la population ne consistait pas uniquement à favoriser une évasion, elle pouvait également se manifester pour adoucir la rude vie des internés. Il fallait pour cela transgresser les terribles interdits des Allemands qui imposaient un isolement total des Juifs. Aussi, ce n'était pas sans danger que les habitants du Boulonnais essayaient de leur procurer quelque nourriture ou même de communiquer avec eux. Un jardinier vit un fusil allemand braqué sur lui car il tentait de donner des carottes qu'il déterrait à des Juifs. Malgré la pénurie, des villageois jetaient quelques aliments aux travailleurs qui se risquaient près de leurs maisons proches des chantiers, les enfants de Camiers lançaient parfois du pain au- dessus des barbelés du camp. D'autres villageois moins généreux se faisaient payer.


6. Conclusions

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Dans une douzaine de camps situés entre Calais et Abbeville ainsi que dans le camp des Mazures dans les Ardennes, près de 3.000 Juifs se sont épuisés à construire et à entretenir le Mur de l'Atlantique, jusqu'à en mourir parfois. 2.252 Juifs belges séjournèrent dans ces camps, il faut ajouter les 650 Juifs français venus d'Aurigny et probablement d'autres Juifs encore, originaires de France ou d'ailleurs. 3.000 semble donc un nombre minimal.

La période la plus animée dure tout l'été 1942 pendant lequel 1.522 Juifs belges subissent, en premier, la férocité des nazis, avant de disparaître vers l'Est. Entre les derniers jours du mois d'octobre 1942 et le printemps 1944, 700 Juifs belges ont donc encore souffert dans ces camps : c'est la seconde période. Peu s'y trouvaient encore quand le train parti d'Aurigny apporta les déportés français en mai 1944; débute alors la troisième période, la plus dangereuse car les chantiers subissaient les bombardements alliés et car les Allemands pressentaient la défaite.

Cette courte histoire des camps de Juifs dans le Nord de la France veut combler une lacune de l'histoire locale pendant l'occupation allemande et de l'histoire de la persécution raciale par les nazis, en France. Il s'agit ici d'une première démarche, d'autres investigations auprès des rescapés et des Boulonnais restent encore nécessaires pour achever ce travail. Ce qui précède sert donc de conclusion provisoire.



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