Par Thierry ROZENBLUM
« Ardente dans la lutte contre les puissances étrangères et larbitraire de ses princes, ardente dans ses passions, ardente dans le sac de 1468, et pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce nest pas par hasard quelle a mérité de mettre dans ses armoiries la Légion dhonneur pour sa conduite héroïque pendant la Première Guerre mondiale et dabriter le Monument national de la Résistance. Cette chaleur dans les engagements a été reconnue de tout temps et elle constitue un des traits caractéristiques du peuple liégeois » 2
Liège, « véritable terreau du refus », « extrême pointe», « premier fief » ou encore « grande citadelle » de la Résistance en Belgique 3 - telles sont les images de ma ville natale qui, dès la Libération, se sont gravées dans limaginaire collectif des Belges et qui, depuis, nont été ni reniées par le sentiment populaire ni infirmées par lhistoriographie spécialisée 4.
Cette représentation largement consensuelle rassemble, et fond en une même geste héroïque, des activités résistantes de natures fort diverses, comme celles, notamment, des résistants de lArmée Secrète ou du Front de lIndépendance, des maquisards ardennais de lArmée Blanche, des comités syndicaux clandestins, des grévistes de la métallurgie et des charbonnages, des postiers traqueurs de dénonciateurs anonymes, des policiers trop prompts à se laisser délester de leur arme de service 5 ou encore des employés communaux pourvoyeurs de vrais faux-papiers et de timbres de ravitaillement. Ou celles des filières dévasion et des réseaux daide aux persécutés, que les Juifs de Liège rapportent aujourdhui encore dans leurs récits de sauvetage individuel et collectif 6.
Mais cest précisément ici que commence la part dombre de cette geste résistante. Car à mesure que sapprofondissaient mes recherches sur limplication de ladministration communale liégeoise dans la persécution des Juifs par les Allemands, je me suis trouvé face à une question toujours plus lancinante : pourquoi ladministration liégeoise et son bourgmestre ont-ils si scrupuleusement exécuté les ordonnances anti-juives promulguées par loccupant, sans jamais dénoncer leur caractère foncièrement contraire à la constitution belge, alors que dans le même temps ils ne cessaient dinvoquer cette même constitution pour faire obstruction, parfois avec succès, à quantité de mesures ordonnées par les autorités allemandes ?
Je napporterai ici à cette question aucune réponse, ne serait-ce que parce que je nen ai pas à proposer. Peut-être vaut-il mieux, dailleurs, que de telles questions restent ouvertes, afin que chacun puisse interroger et ré-interroger le passé et en tirer, pour soi-même, déventuelles leçons. Mon propos, dans cet article, nest donc pas détablir le pourquoi mais de mettre au jour le comment. Quels ont été les rouages administratifs de la persécution puis de la déportation des Juifs ? Quelles furent les parts respectives de lautorité occupante, de ladministration communale et du comité local de lAssociation des Juifs en Belgique (AJB), dans la mise en uvre progressive de la « solution finale », observée à léchelle dune agglomération belge de 410.232 habitants, dont 2.560 seulement étaient juifs ?
À l'origine, je souhaitais éclaircir les circonstances dans lesquelles mon grand-père, Szyme Yosek Rozenblum, et 141 autres Juifs de la région liégeoise avaient été convoqués par lOffice liégeois du travail, le 3 août 1942, puis déportés vers des camps de travail de lorganisation Todt établis dans le Pas-de-Calais 7. En étendant ma recherche à chacun de ces 142 déportés liégeois et aux membres de leurs familles, jai été tenté de retracer le parcours de toute la population juive de la région liégeoise de l'époque, soit 2.560 personnes. Dans ce but, je me suis d'abord tourné vers les fonds d'archives existants 8, les témoignages de survivants 9 et les documents privés que ces derniers mirent à ma disposition, puis vers des fonds d'archives qui venaient opportunément dêtre ouverts à la recherche: archives communales, archives de lAuditorat Militaire, archives de lAssociation des Juifs en Belgique 10 et, en dernier lieu archives du Musée juif de Belgique.
Depuis que les perspectives générales de la mise en uvre de la « solution finale » en Belgique ont été magistralement tracées par lhistorien Maxime Steinberg 11, on assiste à lémergence détudes davantage régionales et locales, comme celle de Lieven Saerens 12 sur la ville dAnvers ou les travaux en cours de Thierry Delplancq sur Bruxelles. 13.
En examinant de manière de plus en plus détaillée les modalités concrètes de la persécution des Juifs, ces recherches non seulement contribuent à affiner notre connaissance du mécanisme global mais encore mettent au jour les multiples réactions de la société belge, que la recherche avait jusquici délaissées. Puissent mes propres recherches, circonscrites à la région liégeoise 14, contribuer à ce renouvellement.
Carrefour fluvial, routier et ferroviaire, Liège devient, au XIXème siècle, à la faveur de la révolution industrielle, un pôle de développement économique dimportance mondiale. Après les hécatombes de la Première guerre mondiale, les déportations massives douvriers et le démantèlement dusines métallurgiques remontées en Allemagne, le bassin liégeois renouvelle ses forces vives notamment en attirant une main duvre étrangère considérable, principalement polonaise puis italienne. Cet important mouvement migratoire entraîne des Juifs originaires dEurope orientale à venir chercher à Liège un emploi, qui dans lindustrie charbonnière, qui dans la sidérurgie, larmurerie, la construction mécanique ou encore lindustrie verrière dans lespoir, toutefois, déchapper le plus rapidement possible à la condition ouvrière. Pour une fraction non négligeable de cette immigration juive, Liège présente un autre attrait, à savoir un réseau denseignement renommé, université, école de tannerie, institut polytechnique, école des hautes études commerciales et consulaires, académie des beaux-arts, conservatoire de musique, etc.
Cette vague dimmigration juive en provenance dEurope orientale transforme profondément, à partir du début du XXe siècle, les traits de la population juive de la région liégeoise, laquelle ne comptait encore, à la fin du siècle précédent, que 221 familles, dorigine hollandaise à plus de 50% 15. Mes propres recherches mont conduit à établir les données suivantes, qui ne sont pas sans importance pour mettre en évidence les aspects principaux de lattitude de ladministration liégeoise face à la politique anti-juive de loccupant. En mai 1940, lorsque la guerre éclate, 2.560 Juifs résidaient dans larrondissement de Liège, dont seulement 8,56% possédaient la nationalité belge. Les autres étaient polonais (60,18%), roumains (6,14%), tchécoslovaques (3,13%), hollandais (1,43%), hongrois (0,44%), allemands (2,77%) ou apatrides (10, 26%) 16. Ces étrangers étaient arrivés en Belgique par vagues successives, que lon peut décrire grossièrement comme suit : avant 1914-18, immigration étudiante originaire de lempire tsariste; entre 1923 et 1933, immigration économique en provenance de Pologne ; à partir de 1936, réfugiés et fugitifs dEurope orientale et dAllemagne. Cette population juive, quelle fût belge ou immigrée, ne représentait quune infime portion de la population liégeoise dans son ensemble. Ainsi, en mai 1940, Liège-ville ne comptait que 1.906 juifs parmi ses 161.073 habitants 17, et la région liégeoise dans son ensemble 2.560 Juifs sur 410.232 habitants 18, soit 0,6 % de la population totale.
Comme en bien dautres grands foyers dimmigration européens, les immigrés juifs se concentrent dans un ou deux quartiers tout au plus. Près de 60% des Juifs de Liège-centre résident à proximité de la gare du Longdoz ; les autres trouvent à se loger au cur du bassin industriel, à Seraing et dans la commune de Bressoux en particulier. A leur arrivée en Belgique, bon nombre de ces immigrés juifs avaient trouvé du travail dans la métallurgie ou les charbonnages, surtout à Seraing. Toutefois, si approximativement un tiers dentre eux étaient toujours ouvriers à la veille de la guerre, les autres étaient passés assez rapidement à des activités plus proches des occupations traditionnellement juives dans leurs pays dorigine : commerce de détail (51,1%), bonneterie, commerce ambulant, professions libérales (7,66%) et étudiants (7,56%).
Au milieu des années 30, le mouvement dextrême droite Rex, de Léon Degrelle, fait une irruption remarquée sur la scène politique en Belgique francophone 19. Aux élections législatives de mai 1936, vingt et un députés rexistes entrent au Parlement. En Wallonie, le Parti ouvrier belge (POB) reste bien le premier parti (40,99%), suivi par les catholiques (20,30% ), mais Rex (15,28 %) supplante les libéraux (12,20%) et les communistes (9,33%) 20. La percée rexiste nest pourtant que de courte durée. Aux élections communales de 1938, desquelles est issue à Liège lautorité communale des deux premières années de loccupation, les rexistes ne conservent que 6 sièges, tandis que les socialistes maintiennent leurs 13 sièges et constituent de loin le groupe le plus puissant du conseil communal. Les catholiques remportent 9 sièges, les libéraux 7 sièges et les communistes, en recul par rapport à 1936, 4 sièges. Sur ces bases se constitue une coalition tripartite - catholiques, libéraux, socialistes , qui choisit comme bourgmestre le libéral Xavier Neujean. Celui-ci décède le 12 janvier 1940 et la ville, à la veille de connaître une seconde occupation allemande en moins de trente ans, se donne pour la première fois de son histoire un bourgmestre socialiste en la personne de Joseph Bologne 21
Le 12 mai 1940, le bourgmestre Joseph Bologne informe les Liégeois par voie daffiche que « larmée allemande vient dentrer dans notre ville. Jengage mes concitoyens à conserver le plus grand calme et à empêcher tout désordre. Le Commandant des troupes doccupation a donné au Collège des Bourgmestres et des Echevins lassurance quil désire éviter tout froissement avec la population et quil souhaite des relations correctes entre elle et larmée occupante. Les Liégeois sabstiendront de toute manifestation » 22. Le ton de cette adresse, mesuré, responsable, traduit bien ce que va être lattitude des autorités administratives et politiques belges, tant communales que nationales, face à loccupant.
Le 28 mai 1940, le Roi Léopold III avait capitulé et sétait constitué prisonnier. Le gouvernement belge, déjà replié sur la France et bientôt réfugié en Angleterre, délègue alors ses pouvoirs à des fonctionnaires : les secrétaires généraux des ministères. « Lautorité du pouvoir légal ayant passé de fait entre les mains de loccupant »23, les secrétaires généraux, plutôt que de rompre avec lennemi et, en conséquence, dêtre tenus à lécart de ladministration du pays, optent pour une « politique du moindre mal » 24 ; Elle consiste à rester dans la place afin de conserver le contrôle des institutions et des administrations au prix de concessions circonscrites à des domaines tenus par eux pour secondaires ou considérés par les Allemands comme absolument non négociables. De leur côté, les Allemands vont ménager les susceptibilités et procéder, avec un grand sens de lopportunisme, aux ajustements nécessaires dès quapparaîtront des points de friction. La Militärverwaltung ne disposant pas dassez dhommes25 pour mettre au service du Reich le très riche potentiel industriel du pays, celui du bassin liégeois en particulier, elle sen remettra tant quelle pourra aux instances belges, leur laissant notamment le soin dexécuter tout le travail administratif. Mais cest à coup dordonnances quelle leur fera appliquer sa politique, affirmant que « les lois belges restent en vigueur tant quelles ne sont pas contraires au but de loccupation » 26.
Pour simplifier ses rapports avec les communes de la région liégeoise, le pouvoir doccupation naura de cesse dobtenir leur dissolution au sein du Grand Liége. Mais il se heurtera pendant deux ans à la résistance des bourgmestres des communes visées qui, déjà réunis dans un organisme de concertation, la Conférence des Bourgmestres du Grand Liège, invoqueront constamment la garantie constitutionnelle de lautonomie des collèges échevinaux et communaux et des limites territoriales des communes. Le 3 octobre 1940, Joseph Bologne prend la présidence de cette Conférence 27, sefforçant, jusquà son éviction en novembre 1942, de maintenir le statu quo et de conserver avec les responsables de lOberfeldkommandantur 589 des rapports empreints dune certaine politesse.
Pour loccupant, il importe avant tout de ne pas brusquer les événements, de préserver les apparences et, à la limite, de sous-entendre que certains aspects de loccupation pourraient être débattus. Bien sûr, quelques frictions apparaissent. Dès septembre 1940, le Stadtkommissar Ranze montre certains signes dimpatience face à une administration qui, écrit-il, « refuse systématiquement » de répondre aux directives qui lui ont été imposées, notamment dans lexécution de grands travaux destinés à résorber le chômage. Mais sil précise, menaçant, que lautorité occupante tient « le Bourgmestre comme la seule personnalité responsable » 28, les Allemands nen considèrent pas moins que, généralement, le bourgmestre Bologne remplit loyalement sa tâche et réussit à éviter les tensions entre les deux administrations 29.
Toutefois, cette « loyauté » va très vite se transformer en méfiance réciproque. Les conditions imposées par loccupant dans les actes de la vie quotidienne, les modifications quil compte apporter dans la gestion administrative, la pression quil exerce pour mettre au pas une économie et une administration quil souhaite entièrement à son service, les réquisitions des biens et des personnes, les contrôles policiers, linterdiction de plus en plus fréquente de réunions publiques, vont inexorablement détériorer cette entente polie. Pour mieux contrôler les communes, lautorité allemande impose à Bologne, à partir de décembre 1940, la remise dun rapport de synthèse mensuel sur la situation dans les 24 communes du Grand Liège30.
Les manifestations, les tracts, les collages, les grèves mais surtout la Résistance qui commence à sorganiser, finiront par avoir raison de ces accommodements pragmatiques.
Bologne, alors, va tirer parti de certains espaces dinsoumission, dès quil en voit souvrir devant lui, pour contester ou simplement refuser des ordres donnés par les autorités doccupation - sa ligne directrice restant, en chaque cas, dopposer fermement à loccupant le respect de la constitution et de la législation belges ainsi que des grands principes du droit international. Voici quelques exemples, parmi dautres possibles. Le jour de la fête nationale belge, le 21 juillet 1941, Bologne refuse linstallation de quatre stands de tir réglementaire pour mitrailleuses 31. En septembre, il conteste larrêté du 27 août 1941 allouant une indemnité aux bourgmestres 32. Le 27 octobre, il refuse la construction dun local dessais de gaz à la caserne de la Chartreuse 33. En novembre, il soppose à la garde des voies ferrées par la population belge et le placement dotages dans les trains 34. Le 6 décembre, il est rappelé à lordre par le Général-Major S. Keim suite à son refus dexécution concernant la fourniture des métaux non ferreux 35. En mars 1942, il commence à organiser la mobilisation des bourgmestres de la région liégeoise contre les projets de création par lautorité occupante du Grand Liège, projet impliquant la dissolution des collèges échevinaux et des conseils communaux de 29 communes annexées pour en faire la troisième ville de Belgique 36. En mai de la même année, il refuse dordonner à ses policiers le salut obligatoire aux officiers de la garde wallonne (groupe paramilitaire du mouvement Rex) et ensuite de se rétracter des jugements injurieux quil avait portés sur les membres de cette organisation. 37
La résistance administrative menée par le bourgmestre liégeois au nom du respect de la constitution belge na pourtant pas été systématique. Ainsi na-t-il pas refusé, par exemple, de transmettre aux Allemands diverses listes nominatives qui lui étaient réclamées. En avril 1941, l'OFK de Liège obtient des bourgmestres de la province une liste des étrangers résidant dans leurs communes que le Ministère de lIntérieur et de la Santé publique leur a enjoint de transmettre à l'autorité occupante locale 38. Un mois plus tard, le 7 mai, il transmet au Verwaltungschef Winkler une liste portant les noms denviron 180 militants communistes de la région liégeoise 39. En juillet, il sagit du Registre des Juifs (voir ci-dessous). En septembre 1942, il livre à lautorité occupante les noms dune trentaine de repris de justice et de « souteneurs » 40.
En novembre 1942, lautorité occupante décide dimposer coûte que coûte la mise en place du Grand Liège tel quelle le conçoit, donc de sattaquer, en connaissance de cause, à lautonomie administrative des collèges échevinaux et communaux. Bologne, qui avait clairement averti le Dr Busch quil naccepterait pas de présider aux destinées dun Grand-Liège similaire au Grand-Anvers, prend la tête dune protestation des bourgmestres contre la nouvelle ordonnance, dont les effets seraient contraires à la constitution belge. Le 1er août 1942, le Lieutenant Général Keim informe Bologne quil ne peut continuer à exercer ses fonctions, et cette mesure est confirmée le 27 octobre suivant par le Secrétaire Général du Ministère de lIntérieur et de la Santé Publique, Gérard Romsée41. Le 9 novembre, Bologne est remplacé par le rexiste Gérard Willems. Celui-ci démissionne au bout de trois semaines pour raisons de santé et laisse la place à un autre rexiste, Albert Dargent, qui présidera aux destinées de la nouvelle entité liégeoise42 jusqu'à la fin du mois daoût 194443.
Pour les Juifs, les bouleversements dont lhôtel de ville est le théâtre sont toutefois sans conséquences, car cest sous le maïorat de Joseph Bologne que leur sort a été irrémédiablement scellé.
Durant les six premiers mois de loccupation, les autorités allemandes évitent soigneusement daborder la « question juive ». Elles estiment encore le 19 septembre 1940, soit un mois avant dédicter les premières ordonnances anti-juives, que « la promulgation, à lépoque actuelle, dune loi sur les juifs serait prématurée » 44. En fait, leur politique juive ne doit pas, par ses répercutions éventuelles, altérer leurs relations avec les autorités belges. Ce sera une préoccupation constante de lautorité occupante, même après lintroduction des ordonnances anti-juives 45.
Je nai trouvé aucun document, dans les archives liégeoises, qui permette de saisir létat desprit dans lequel les administratifs belges accueillirent les premières mesures anti-juives arrêtées par loccupant. Il est un fait, cependant, que la première liste de Juifs établie à Liège ne la pas été par les autorités allemande, ni même à leur demande, mais, dès juin 1940, par la Chambre de Commerce locale, dans le contexte dune mobilisation de toutes les ressources régionales pour pallier le déficit tragique de lapprovisionnement 46. Pour faire face, le service du ravitaillement impose notamment la réouverture des magasins abandonnés par des commerçants - dont des Juifs - qui, comme 20.000 à 25.000 Liégeois, se sont jetés sur les routes de l« exode » dès le déclenchement des hostilités 47. Le 15 mai, le collège des Bourgmestre et Echevins 48 charge la Chambre de Commerce de pourvoir au remplacement des commerçants absents et de mettre rapidement en circulation les marchandises encore stockées dans les magasins abandonnés 49. Le 24 juin, la Chambre de Commerce informe léchevin au ravitaillement Jennissen que « déférant au désir que vous avez exprimé, nous vous adressons ci-inclus la liste des maisons israélites et polonaises, liquidées ou en liquidation par lintervention de la Chambre de Commerce » 50. Cette liste, qui porte les noms de quelque 30 firmes gérées par des Juifs, est donc établie par ladministration communale liégeoise quatre mois avant que les Allemands introduisent une législation anti-juive en Belgique 51. Qui donc, a pris linitiative, et en répondant à quelles motivations, de singulariser ainsi des Juifs ? Létat de mes recherches ne me permet pas de répondre à ces questions.
Au début doctobre 1940, une série dincidents viennent troubler lordre public. Ont-ils servi de prélude délibéré à la promulgation des premières ordonnances allemandes anti-juives ? Selon un rapport de police transmis au bourgmestre Bologne, le 6 octobre à Liège « des groupes de jeunes gens vêtus de chemises noires avec initiales F[ront de] C[ombat ; rexiste] bottés et ceinturés parcouraient les rues du centre et collaient des affichettes sur les façades des maisons occupées par des commerçants juifs. Ces affichettes en papier jaune avec texte noir portaient : la première en lettre de six cm juif ; la seconde : Belges ! Achetez à des Belges. Ce magasin est une maison de juifs ; la troisième : Maison juive. - En achetant ici vous ruinez le commerce belge. Belges ! chassez les juifs ». Ce rapport mentionne larrestation dune quinzaine dhommes pour infraction à un arrêté du bourgmestre relatif aux manifestations et attroupements, et il conclut : « ces groupes séditieux ont provoqué une certaine réaction parmi la population liégeoise qui désapprouvait par ses cris la conduite de ces jeunes gens. [ ] Trois des hommes dont il sagit ont été renversés par la foule anonyme rue de la Madeleine »52. Des incidents analogues sétant produits à Bruxelles deux jours plus tôt53, il nest pas interdit de penser que loccupant avait en fait orchestré une provocation de manière à faire passer les premières ordonnances anti-juives quil sapprêtait à édicter non pour une législation discriminatoire mais pour des dispositions visant à garantir lordre public menacé par une catégorie de personnes nuisibles. Quoi quil en soit, les deux premières ordonnances concernant les Juifs sont promulguées le 28 octobre suivant54. Après six mois de retenue, loccupant met donc la « question juive » à lordre du jour en Belgique.
La première ordonnance du 28 octobre définit la notion de « juif », interdit aux Juifs qui ont fui la Belgique dy revenir, introduit le registre des Juifs, instaure la déclaration obligatoire des entreprises « à caractère juif » et la stigmatisation publique des hôtels, restaurants et cafés tenus par des Juifs. La seconde exclut les Juifs de la fonction publique. Toutes deux introduisent en Belgique une discrimination raciale à lencontre des Juifs contraire à la loi fondamentale du pays. Embarrassés, les Secrétaires Généraux, qui tiennent au respect scrupuleux de la constitution belge, ne se décident pas à les faire paraître au Moniteur et sen remettent à lavis du Conseil de Législation55. Le 21 novembre, ce dernier leur fait savoir que leur responsabilité ne serait pas engagée sils se contentaient de faire appliquer les ordonnances sans en assurer la publication. En conséquence, ces premières ordonnances relatives aux Juifs, comme toutes celles qui suivront, paraîtront non pas dans le Moniteur belge mais dans le Verordnungsblatt (Journal des ordonnances), moniteur officiel du commandant militaire en Belgique et dans le Nord de la France.
Sur la base de la définition de la notion de « Juif » est introduit le registre des Juifs, dans lequel tous les Juifs âgés de plus de quinze ans doivent se faire inscrire. La charge de létablir et de le tenir à jour est dévolue aux autorités communales56. Chaque juif doit remplir une fiche où sont consignées toutes les données concernant son identité, sa profession, son adresse, sa religion, la composition de sa famille, etc. Ces fiches seront rassemblées dans un registre qui sera régulièrement mis à jour, notamment en cas de changement de domicile ou de décès.
Le registre implique le recensement des Juifs, suivant la définition nazie du Juif, c'est-à-dire une discrimination fondée sur la "race" ou la religion, en violation flagrante avec la Constitution belge, laquelle le ne prévoit, en matière de religion, que la liberté des cultes. Du point de vue de ladministration belge, cest donc une procédure non seulement inédite mais encore anticonstitutionnelle, quelle devra néanmoins exécuter dès les 5 novembre.
Le 19 novembre, le bourgmestre Bologne, au cours dun entretien avec le Stadtkommissar Ranze, souligne que sur la question des juifs « il a déjà pris certaines mesures. Le Bureau de la Population et celui des Etrangers ont une copie de larrêté relatif aux juifs et les employés sont ainsi à même de donner éventuellement aux juifs qui se présentent toutes les explications nécessaires, de manière à ce que les juifs connaissent bien leurs obligations »57. Le 20 novembre, Ranze enjoint à ladministration communale de Liège de « faire placarder dans les endroits habituels de la ville des affiches obligeant les juifs à se faire inscrire auprès de ladministration communale dans le registre ad hoc conformément aux instructions ». Il marque son accord sur le projet daffiche proposé par la ville et précise que « lattention doit être spécialement attirée sur les peines prescrites »58. Ce rappel nest pas anodin ; la population juive, majoritairement étrangère et comme telle soumise depuis son entrée en Belgique à une législation très stricte et tatillonne, est évidemment plus attentive aux mesures répressives. Les affiches en question sont placardées dans les communes de la région liégeoise entre le 18 novembre et le 9 décembre 1940.
Le 30 décembre 1940, Bologne adresse un courrier aux bourgmestres du Grand Liège concernant lapplication des arrêtés sur les Juifs59. Il se réfère à une circulaire du 6 décembre précédent par laquelle le Secrétariat Général du Ministère de lIntérieur et de la Santé Publique confirme les instructions allemandes concernant le registre des Juifs : les modalités dinscription, le fait que les chefs de famille puissent se présenter seuls au nom de leur famille, la marche à suivre en cas de changement de domicile, etc. 60. Les fiches utilisées pour le registre par les communes de lagglomération bruxelloise sont proposées comme modèle pour toute la Belgique. Bologne prie ses collègues de lui faire rapport avant le 5 janvier 194161, afin que lui-même puisse présenter un état de la situation au Stadtkommissar Busch, le successeur de Ranze. Le 9 janvier, Bologne informe le Dr Busch que larrêté du Ministère de lIntérieur du 6 décembre 1940 a bien été appliqué dans toutes les communes du Grand Liège62.
Le 30 janvier 1941, le Gouvernement de la Province de Liège, autrement dit lautorité de tutelle des communes, répondant à une injonction de lautorité occupante, demande aux administrations communales de la province quelles lui fassent parvenir le « relevé des personnes qui se sont déclarées de nationalité juive » et la liste des restaurants et débits de boissons exploités par des Juifs63. Cest donc à tous les échelons de la hiérarchie administrative belge quon cède aux autorités allemandes, du moins en cette matière.
Trois trajectoires individuelles me paraissent indicatives de la manière dont sest effectuée linscription au registre des juifs.
H. S. 64 est âgé de 14 ans quand il arrive en Belgique en avril 1937. De nationalité allemande, il vient poursuivre ses études à lEcole Professionnelle Communale de Mécanique de Liège. Ses parents, des commerçants, résident à Eschweiler, dans la région dAix-la-Chapelle. Inscrit au registre des Etrangers, il reçoit un numéro didentification de la Sûreté publique, qui ne lautorise pas à prolonger son séjour au-delà du terme de ses études. Tous les actes administratifs et les enquêtes le concernant seront diligentés par le Bureau Administratif des Etrangers. Quand H. S. prend connaissance par voie de presse et daffichage de lobligation de sinscrire au registre des Juifs, il se rend au Bureau des Etrangers pour senquérir des modalités dinscription. Répondant à la demande du Bureau des Etrangers il envoie par courrier, le 7 janvier 1941, des informations concernant la religion de ses grands-parents maternels et paternels, qui sont portées sur sa fiche de Juif, signée de sa main. Jusque là, H. S. sest conformé aux exigences de la nouvelle législation. En septembre 1942, par contre, il ne répondra pas à une convocation du Bureau de la Milice pour son changement de nationalité imposée par un décret allemand sur la déchéance des Juifs de la nationalité allemande et leur passage au statut dapatride.
Szyme Yosek Rozenblum, mon grand-père, de nationalité polonaise, arrivé dAllemagne à Seraing en 1927, déménage à Liège en 1938. Lors de son inscription au registre des Juifs, il se présente seul comme chef de famille au Bureau des Etrangers de Liège, donne des informations sur ses parents et grands-parents. Trois fiches65 sont établies, signées de sa main, pour les membres de sa famille âgés de plus de quinze ans (lui-même, son épouse et sa fille de dix-huit ans). Le nombre des autres enfants est mentionné sur sa fiche et sur celle de sa femme, mais sans que leurs noms soient transcris. Sur sa fiche est également reporté le numéro du registre de population (recensement de 1931) de la ville de Liège : volume 123, folio 140. Dans ce registre, au numéro de page de Szyme Rozenblum (folio 140), on constate que consécutivement à linscription au registre des juifs on a apposé, dans la case des renseignements destinés à établir lidentité, le signe J en rouge pour les adultes de plus de quinze ans appartenant à sa famille. Ce signe, maladroitement effacé après la guerre, est dailleurs apposé dans le registre de population de la ville de Liège en regard des noms de tous les adultes de plus de quinze ans qui se sont fait inscrire au registre des juifs. Jai pu vérifier quune procédure similaire a été suivie dans dautres communes de la région liégeoise66. Le report, dans les registres de population, des données du registre des Juifs a fait suite à une décision des administrations communales. Pourtant, la circulaire du 6 décembre 1940 ne fait aucune référence à la nécessité de ce report ; au paragraphe 14, elle spécifie seulement que « linscription au registre des Juifs devra être mentionnée sur la carte didentité de la personne dont la déclaration a été faite ». En date du 10 mai 1941, Szyme Rozenblum déclare son changement de domicile de Liège à Bressoux. Dès que sa nouvelle inscription est entérinée, le 16 juin 1941, est apposé sur sa fiche du registre des juifs son nouveau n° de registre de population de Bressoux (volume 58, folio 96). Contrairement à la procédure en usage à Liège, le service de la population de Bressoux constitue, pour le registre des juifs67, deux fiches individuelles pour ses enfants âgés de 7 ans et de 13 ans, et ce, en dépit de lordonnance allemande qui précise que linscription au registre des juifs est réservée aux adultes de plus de quinze ans. Son nouveau Bulletin détranger, document administratif prévu par la loi belge pour les étrangers, mentionne, à la case 14 réservée aux observations : «inscrit au registre des juifs» 68.
J. S., ressortissant turc, répond le 20 février 1941 à la convocation de la commune de Bressoux en expliquant quil veut contacter son consulat en sa qualité de citoyen turc « pour savoir dans quelle mesure doivent sentendre les rapports entre lAutorité Occupante et le ressortissant dun pays neutre, et quelles sont les stipulations particulières des accords Germano-turcs, en cette matière »69.
Lordonnance
du 28 octobre 1940, reprise dans la circulaire du Ministère de
lIntérieur et de la Santé Publique, stipule que
« en cas de changement du domicile ou de la résidence
ordinaire du juif, lautorité de registre
compétente jusqualors, est tenue
denvoyer la fiche du juif à lautorité de
registre devenue compétente ». Cette
disposition nétait pas prévue dans les règlements
communaux. Les communes ont donc du établir de nouveaux modes
de communication pour la transmission de la fiche du registre des
juifs, par exemple des imprimés spéciaux dont le modèle
et le texte sont laissés à lappréciation
des communes concernées. Sur les documents normalement prévus
pour les communications administratives relatives aux changements de
domicile, apparaît maintenant la qualité de juif.
Quelques exemples suffiront à illustrer à la fois la diversité et les similitudes de la procédure, dune administration communale à lautre. Le 16 mars 1942, B. R. quitte Seraing pour sinstaller à Liège. Limprimé spécial que le Service de Population, de ladministration communale de Seraing transmet à ladministration communale de Liège stipule que « en application de lordonnance du 28 octobre 1940 [ ] jai lhonneur de vous transmettre en annexe la fiche relative au sujet juif R. B. [ ] lequel a été rayé de Seraing pour votre commune » 70. De même, quand le ressortissant polonais A. S. déménage dAnvers à Liège, le Bureau de la Milice et des Etrangers de ladministration communale liégeoise demande par courrier, le 9 août 1941, au commissaire de Police en chef du service des étrangers de la ville dAnvers de lui faire parvenir sa fiche de juif (n° J.9693). Le document est paraphé par Bologne. Le 16 août 1941, le bureau de létat civil de la ville dAnvers confirme lenvoi des pièces relatives aux dossiers sur un document portant la mention Stad Antwerpen, Bureel Van den Burgerlijken Stand, Jodenregister, Nr. 2930, et le cachet du bourgmestre Delwaide71. A propos de F. B. et de H. L., le Bureau de la Milice et des Etrangers de ladministration communale de liègeoise envoie la note suivante à Anvers : « Transmis à Monsieur le Bourgmestre dAnvers les fiches de Juifs ci-jointes avec prière de me renvoyer le reçu ci-dessous dûment signé, Liège le 27 août 1942, Le Bourgmestre Jos. Bologne». Sur le même document ladministration communale dAnvers répond : « Reçu ce jour les fiches de Juifs concernant [ ], Anvers le 12.10.1942, le Bourgmestre Leo Delwaide »72. LAvis de départ détranger73 dI. S. de la commune de Saint-Gilles (arrondissement de Bruxelles) pour Liège est marqué dun cachet à lencre rouge, en français et en flamand : « A requis son inscription au reg. des juifs ». Un autre Avis de départ détranger74, celui de H.-H. H., de Bruxelles pour Liège, où est mentionnée la transmission de sa fiche de Juif, est marqué dun cachet à lencre rouge: « Bulletins établis en destination de lAutorité Occupante ». Enfin, un imprimé de la Division Centrale de Police de la Ville de Bruxelles, sur lequel figure en entête registre des Juifs, porte la requête de la fiche du registre des Juifs de H.-M. G., suite à son départ de Liège75. Il sagit ici dun document pré-imprimé, prévu uniquement à cet usage.
La consultation du registre de la population de Liège et des dossiers de la Police des Etrangers montre que certaines personnes ont pu se faire radier du registre des juifs. Dans le cas de J. et F. D., le service de la Population de la commune de Liège a procédé à la radiation sur instruction du bourgmestre ; dans un courrier du 26 août 1942 adressé au bourgmestre de Liège, le Verwaltungschef de lOberfeldkommandantur 589, Geller demande en vertu de quelles dispositions et sur la présentation de quels documents cette suppression a été rendue possible. Les explications de Bologne du 3 et du 18 septembre 1942 nous éclairent un peu plus sur les dispositions et les compétences requises pour procéder à une telle radiation. Bologne fait référence à une lettre datée du 22 janvier 1942 de Me Raymond Ledoux, avocat à la Cour dAppel de Bruxelles, qui avait obtenu satisfaction dans une affaire similaire, déclarant que : « ladministration des biens juifs laisse aux autorités belges le soin exclusif de procéder à la radiation des personnes qui se sont fait inscrire dans les registres des Juifs auprès des administrations communales ».76 Pour la radiation de J. et F. D. la participation de deux avocats de la Cour dAppel sest avérée nécessaire pour constituer un dossier qui comprenait une note généalogique très détaillée de la famille, et une attestation de la Communauté Israélite de Liège affirmant quils ny étaient pas inscrits. A Liège encore, jai trouvé le cas surprenant de la famille P.77, dont la fille a été radiée mais pas la mère.
Les archives de la ville de Liège conservent un courrier daté du 3 juillet 1941 par lequel le Verwaltungschef Winkler rappelle à Bologne de veiller à lexécution régulière des mesures concernant les juifs et le prie de lui envoyer, en trois exemplaires, des copies du registre des Juifs de lensemble des communes du Grand Liège 78. Bologne sexécute le 19 juillet et fait suivre, quelques jours plus tard, un complément concernant les communes de Tilleur et Jemeppe-sur-Meuse 79. Il est possible, cependant, que le registre ait été communiqué aux Allemands dès avril. Un document émanant du cabinet du bourgmestre à lattention de la Sûreté allemande (SIPO-SD) 80, indique que « suite a votre note du 4 avril 1941, vous trouverez sous ce pli le relevé complémentaire concernant les Juifs » 81. A partir de juillet 1941, en tout cas, toutes les modifications apportées au registre (inscriptions ou radiations dues à des changements de domicile ou à des décès) étaient transmises à la Sûreté allemande, sous forme de relevé complémentaire mensuel, et ceci jusquà la fin du mois de juin 1944 82. Jusquà son remplacement par le rexiste Théophile Dargent, Joseph Bologne, président de la Conférence des Bourgmestres du Grand Liège, sest donc bien chargé de transmettre régulièrement le registre des Juifs aux autorités allemandes, en loccurrence à la SIPO-SD.
Du 28 octobre 1940 au 21 septembre 1942, lautorité occupante a promulgué 18 ordonnances anti-juives qui furent toutes « parfaitement et rigoureusement appliquées » par ladministration liégeoise. Voici quelques exemples, glanés dans les archives de la ville de Liège. Le 6 novembre 1940, Bologne communique au Stadtkommissar Ranze « la liste de toutes les maisons vides », notamment celles « qui étaient habitées par des Juifs et dont les propriétaires ne sont pas encore rentrés » 83. Le 2 juillet 1941, lautorité occupante informe les bourgmestres de lagglomération liégeoise quelle interdit aux Juifs de posséder des pigeons voyageurs. En conséquence, les Juifs devront tuer leurs pigeons et remettre les bagues dhomologation aux autorités compétentes. Pour assurer lexécution de cette mesure, le chef de cabinet de la ville de Liège propose de « transmettre la liste des Juifs, par division de police, aux commissaires respectifs qui rechercheront les Juifs propriétaires de pigeons et leur communiqueront la note allemande» 84. Le 13 juillet, le commissaire de police dAngleur confirme au bourgmestre de Liège que les mesures concernant les juifs (remise des postes de TSF, affiches apposées à la devanture des magasins juifs, etc ) ont été régulièrement exécutées sur le territoire de sa commune 85. Quatre jours plus tard, le bourgmestre faisant fonction de Seraing signale au bourgmestre de Liège que la police locale à été chargée de rappeler aux entreprises juives lobligation daffichage imposée par lordonnance allemande, notamment dans les magasins de détail 86.
Le Secrétaire Général du Ministère de lIntérieur et de la Santé Publique, le VNV G. Romsée, ordonne aux communes sur simple communication de lautorité occupante de faire apposer sur la carte didentité des juifs inscrits au registre des juifs lindication « JUIF-JOOD, et ce avant le 15 août. Il ordonne aussi que, passé cette date, la liste des inscrits au registre des juifs devait être communiquée au bureau de la Sicherheitspolizei, à Bruxelles, en marquant dun signe particulier ceux qui avaient présenté leur carte didentité au nouvel estampillage à la date prescrite et, donc, en dénonçant les réfractaires à la police politique nazie. Mais surtout, ce prétexte permet à la Sipo-Sd de faire enfin établir par ses experts anti-juifs belges le fichier central des Juifs qui faisait défaut dans ce pays.
Le 14 août 1941, le bourgmestre faisant fonction dAngleur adresse au Bureau de la Sicherheitspolizei, à Bruxelles, le courrier suivant : « nous avons lavantage de vous remettre ci-inclus une liste contenant les noms, prénoms, lieu et date de naissance, profession et adresse de tous les juifs inscrits à notre registre. Tous les intéressés ont répondu à notre invitation et ont soumis leur carte didentité aux formalités de lestampillage prescrit » 87. Le 25 septembre 1941, linspecteur de lenseignement primaire Pasleau informe le chef de Division Joseph Rouir, du Département de lInstruction de la ville de Liège, quil a, en compagnie de son collègue Tixhon et à la demande de son Secrétaire communal, « dans le courant de lannée scolaire dernière, visité toutes les écoles primaires et maternelles pour nous assurer quaucun des membres de notre personnel nappartenait à la race juive. Les arrêtés-lois de lAutorité Occupante ont été, dans ce domaine, parfaitement et rigoureusement appliqués dans mon service » 88.
Bref, des documents consultés, il ressort que les administrations communales de la région liégeoise ont fidèlement exécuté toutes les ordonnances allemandes concernant les Juifs, et que ces mesures nont entraîné aucune contestation de leur part.
Une seule exception, toutefois : la réserve exprimée par Bologne en ce qui concerne le port de létoile jaune (ordonnance du 1er juin 1942). Le 9 juin 1942, Bologne écrit au Dr. Busch, Oberkriegsverwaltungsrat (chef militaire) : Il me revient de source sûre quà Bruxelles, la Kommandantur se charge de la distribution de ces insignes Jaime à croire que vous voudrez bien prendre la même mesure à Liège, car il nous serait pénible de devoir nous-mêmes procéder à la remise des dits insignes »89. Pour motiver son opposition à dautres mesures, Bologne avait souvent évoqué les lois belges et internationales. Mais dans ce cas précis, il se contente de renvoyer au refus du bourgmestre de Bruxelles qui, en date du 5 juin 1942, avait écrit à lautorité allemande : « Il ne nous appartient pas de discuter avec vous de lopportunité de la mesure prise contre les Israélites, mais nous avons le devoir de vous faire connaître que vous ne pouvez exiger de nous une collaboration à son exécution. Un grand nombre de Juifs sont Belges, et nous ne pouvons nous résoudre à nous associer à une prescription qui porte atteinte aussi directe à la dignité de tout homme quel quil soit »90. Les réserves exprimées par Bologne ne constituaient cependant pas un refus dexécution, car le jour même où Bologne faisait part de ses réticences au Dr Busch, un de ses subalternes, Jean Detaille, chef de Division du service communal de la Milice, donnait linstruction suivante à M.Digneffe, à propos des étoiles : « vous en délivrerez autant que le public en demandera. Sera-t-il nécessaire de sassurer que les intéressés sont inscrits au registre des juifs avant de leur remettre les insignes ? Il paraîtrait que des non-juifs se proposent den acheter, pour protester contre la mesure. Ils le feraient naturellement à leurs risques et périls »91.
Létoile jaune va agir sur de la population liégeoise comme un révélateur. Les réactions ne se font pas attendre ; des témoignages oraux 92 et écrits attestent dun véritable mouvement de sympathie populaire à légard des Juifs. On en trouve un écho dans le n° 34 de juin 1942 dune publication clandestine, la Churchill-Gazette : « Que les juifs persécutés sentent notre sympathie, quils la voient. Parlez aux juifs, réconfortez-les ; si vous nen avez pas loccasion, ayez comme mot dordre : tout porteur dune étoile de David doit être salué » 93. Pour sa part, Jacques Yerna, futur dirigeant syndical wallon de premier plan, se souvient : « Mais plus terrible encore, ce qui m'a vraiment frappé pendant toute cette période, c'était l'obligation pour les Juifs de porter l'étoile jaune. Nous sommes en 1942 et un matin, en quatrième année à l'Athénée, je découvre ceux qui allaient devoir la porter. Nous savions évidemment tous depuis longtemps que les Juifs étaient menacés par les Nazis mais à vrai dire, nous ne savions même pas qui exactement était Juif dans notre classe et à l'école. Nous l'avons donc découvert de façon brutale, un matin, d'un seul coup. Ce fut une terrible impression ! Nous avons ressenti le port de l'étoile jaune comme une punition infligée aux Juifs par les forces d'occupation. Nous ignorions donc tous, Juifs ou non-Juifs, avec ou sans étoile, le terrible destin qui attendait ces derniers. Au point que je me rappelle avoir demandé à ma mère, comme beaucoup de camarades, de me broder une étoile pour témoigner de ma solidarité. Elle a cependant refusé » 94.
Dans ce qui a motivé la réserve de Bologne, il y avait peut être la nécessité de prendre en compte ce sentiment populaire. Pourtant, ses services étaient prêts à appliquer la mesure. Jean Detaille conclut son courrier du 9 juin, déjà cité plus haut : « Mais, si le Bureau est officiellement désigné pour la délivrance, il doit le faire sérieusement et ne prêter aucun flanc à la plaisanterie. Je nen délivrerai pas à des intermédiaires. Le Juif, chef de famille, devrait se présenter personnellement ». Je nai pu déterminer jusquà présent qui sest finalement chargé dappliquer la mesure. Noé Nozyce, président du comité liégeois de lAJB, déclarera après la guerre quil avait refusé dexécuter la mesure et entrepris une démarche auprès du bourgmestre pour obtenir son adhésion : « la Kommandantur elle-même a dû vendre les étoiles » 95. Aucun document ne me permet de privilégier cette thèse, mais elle paraît la plus vraisemblable.
En août 1945, le grand rabbin Ullmann déclare à une commission rogatoire de lAuditorat Militaire : « Au mois de décembre 1941, nouvelle convocation à me présenter à la Militaire Verwaltung où jai été mis en demeure de prendre la direction dune Association des Juifs en Belgique dont les statuts avaient été créés par les autorités doccupation. Défense absolue me fut faite de refuser ou de démissionner » 96.
Pourtant, la création forcée de lAJB, en violation flagrante du principe constitutionnel belge de liberté dassociation, ne suscitera aucune protestation des autorités belges.
Le 15 octobre 1941, ladministration militaire allemande décidait, en effet, dimposer la création dune Association des Juifs en Belgique 97 (ci-après AJB) pour «renfermer dans un ghetto moral léconomie juive en Belgique et surtout [ ] léliminer de la vie sociale [ ] Les bases juridiques de lAssociation qui doivent être créées par ladministration militaire doivent être telles quelles permettent aux services belges de continuer leur travail sur ces bases. LAdministration militaire ne dispose pas du personnel suffisant pour résoudre elle-même toutes les questions spéciales soulevées par lexistence de lassociation » 98.
Fondée par lordonnance allemande du 25 novembre 1941 pour « activer lémigration des Juifs », lAJB sera contrainte dassumer des missions éducatives et caritatives. Placée sous la tutelle du Ministère de lIntérieur et de la Santé Publique, son fonctionnement devait être assuré par les cotisations imposées à ses membres, les fonds des fondations et établissements dont elle poursuit les missions et, si nécessaire, des subventions de lEtat belge 99. Son Comité directeur, qui siège à Bruxelles, coiffe les comités locaux de Bruxelles, Anvers, Liège, Charleroi, et les agences locales de Gand, Arlon, Mons et Ostende. Ses statuts et la liste de ses membres dirigeants paraîtront au Moniteur du 21 mars 1942 100.
La direction du comité local de Liège est formée dès la fin de décembre 1941 par Noé Nozyce 101. Elle comprend sept personnes : un président (Noé Nozyce), un vice-président, un trésorier, un secrétaire et trois membres. Approuvée par le Comité Directeur de Bruxelles 102, cette direction sentoure de six commissions consultatives au début de 1942 : finances, bienfaisance et oeuvres sociales, enseignement, culte, émigration, art et culture. En avril, elle est entièrement remaniée ; la nouvelle équipe dirigeante, contrairement à la précédente, ne possède plus aucun lien avec les anciennes structures de la communauté juive liégeoise. Résolument jeune, représentant plusieurs nationalité, polonaise, belge, allemande et hollandaise, elle est composée de commerçants mais aussi dun ingénieur et dun administrateur de société. Cinquante personnes animent alors la direction et les six commissions consultatives, auxquelles sajoute une sous-commission darbitrage. En juin, cependant, leffectif du personnel de lAJB liégeoise sera passé à 150 personnes 103. Cet accroissement, aussi important que rapide, sexplique-t-il par lespoir, au moment où sont promulguées des ordonnances sur la mise au travail obligatoire (6 et 11 mars, 8 mai 1942), de se prémunir contre une éventuelle réquisition en sengageant dans lAJB ?
Lordonnance du 28 octobre 1940 avait imposé aux administrations communales la tenue dun registre des Juifs. Celle du 25 novembre 1941, en affiliant doffice à lAJB tous les Juifs domiciliés en Belgique, va conduire à un nouveau registre, cette fois créé et tenu par lAJB elle-même. Le 29 janvier 1942, le Comité Directeur demande aux comités locaux de lui soumettre des plans dinscription des membres 104. Le 5 février suivant, il valide les plans qui lui ont été proposés et arrête en outre que « les cotisations seront en principe perçues par paiements trimestriels, les deux premiers trimestres étant exceptionnellement payés en une seule fois, les cotisations ultérieurs pourraient être perçues à laide des services dun encaisseur, qui sera rémunéré sous forme de pourcentage » 105. On sait, par des plainte adressées à la section Finances du comité bruxellois de lAJB, que les montants demandés étaient très élevés 106. Une note de service stipule avec précision toutes les modalités dinscription des futurs membres 107.
Linscription de la population juive à lAJB commence à Liège le 2 mars 1942. En un mois, 647 fiches recensent déjà 1793 individus 108. Au cours des quatre mois suivants, jusquau 16 août précisément, 11 fiches seulement sajoutent aux précédentes. Ainsi, 70 % de la population juive encore présente dans larrondissement de Liège sont inscrits dans un nouveau registre des juifs intitulé registre de population. Sy sont-ils fait inscrire volontairement ? Il est permis den douter, car sur 658 fiches individuelles seules 186 portent la signature de la personne inscrite 109. On ne peut donc exclure que pour établir son registre de population, lAJB ait eu recours à dautres sources dinformation que les siennes, peut-être même au registre des Juifs tenu par les administrations communales.
Lordonnance du 1er décembre 1941 relative à lenseignement juif complète dans les détails lobligation qui était faite à lAJB de prendre en charge linstruction des Juifs. Selon cette ordonnance, lAJB « devra créer et entretenir des écoles primaires. Elle pourra en outre créer des écoles gardiennes, des écoles de lenseignement moyen ainsi que des écoles techniques et instituer des cours spéciaux utiles à lémigration ». Le décret rappelle en outre que « toutes les écoles et cours juifs seront placés sous le contrôle du Ministère de lInstruction publique ».
Ladministration belge, tant communale que nationale, va à nouveau contribuer à mettre en uvre une politique ségrégationniste dirigée contre les Juifs -anticonstitutionnelle, il va sans dire -, cette fois en matière denseignement. Ainsi, le 6 janvier 1942, Joseph Rouir, chef de Division de lInstruction publique de Liège, transmet par courrier 110 aux responsables des réseaux denseignement les instructions reçues du Secrétaire Général du Ministère de lInstruction publique, M. Nyns, concernant les élèves juifs. Ces derniers devront fréquenter des écoles spéciales créées par lAJB. A titre transitoire, une dérogation est cependant accordée aux élèves juifs soumis à lobligation scolaire (moins de 16 ans) 111, qui continueront à fréquenter les écoles ordinaires jusquà louverture des écoles juives, soit à la fin de lannée scolaire en cours. Quant aux élèves juifs qui ne sont plus soumis à lobligation scolaire (plus de 16 ans), ils devront quitter les établissements denseignement et les cours non juifs dès la rentrée de janvier 1942. A la fin du mois de mars, léchevinat de linstruction publique de Liège est informé quau 1er avril, tout éducateur ou chef détablissement chez qui on trouverait un élève juif nétant pas en possession dune autorisation du commandant militaire serait passible de sanctions 112.
Le 7 avril 1942, lAutorité Militaire rappelle au Ministère de lInstruction Publique quelle attache la plus haute importance à ce que lenseignement primaire pour les juifs soit organisé sans délais, et presse le Ministère, en accord avec lAJB, de commencer les préparatifs nécessaires pour quau plus tard le 1e septembre autant de classes primaires que nécessaire puissent être installées 113. Le 13 avril suivant, Nico Workum et Saül Pinkous, respectivement président et vice-président de la Commission centrale denseignement de lAJB, rencontrent le Dr Löffler, chargé des questions denseignement au sein de ladministration militaire allemande. Ils lui font part des « très sérieuses difficultés » quils rencontrent pour organiser des écoles juives étant donné labsence dun corps professoral qualifié, le manque de locaux et de ressources financières nécessaires 114.
Parmi les tâches les plus urgentes auxquelles sont confrontés Grigorijs Garfinkels 115, président de la commission denseignement du comité local de Liège et membre de la commission centrale denseignement de Bruxelles, et ses neuf collaborateurs 116, figurent la mise sur pied dun système et dun programme denseignement, la formation dun corps dinstituteurs juifs et la recherche de locaux appropriés.
Pour ce qui est du programme et du système denseignement, on sinspirera de ceux du réseau denseignement de lEtat. Cest du moins ce quécrit à Garfinkels Erwin Koschminski 117, pressenti pour devenir le directeur de lEcole juive de Liège. A cet effet, il précise quil désire être tenu au courant de toutes les instructions, communications et circulaires du Ministère de lInstruction Publique adressées aux autorités scolaires 118. Par ailleurs, il est mandaté par la commission de lenseignement du comité liégeois de lAJB au secrétariat général de lInstruction Publique à Bruxelles.
Constituer au pied levé un corps enseignant juif ne va pas sans mal. Le 15 mai, le secrétaire de la commission denseignement du comité AJB de Liège, Wolf Bulanski, informe par courrier M. Slock, Conseiller en matière denseignement juif normal et moyen, que les cours préparatoires pour les candidats instituteurs commenceront le lundi 18 mai à lécole communale du boulevard de la Sauvenière 119. Les candidats y seront préparés aux épreuves officielles pour lobtention du diplôme dinstituteur prévu par les lois belges. La première épreuve, devant un Jury officiel présidé par M. Colette, Inspecteur principal de lenseignement primaire, est fixée au 10 août à Liège pour tous les francophones du pays 120. La commission denseignement du comité local sera sur la brèche car les problèmes ne manquent pas. Le déplacement et le logement des candidats, par exemple, est un véritable casse-tête car lordonnance du 1e juin sur la circulation des Juifs en Belgique interdit toute présence hors du domicile entre 20h et 7h et nautorise comme résidence que celle qui est signalée dans le registre des Juifs. Sur les 17 candidats liégeois prévus, 13 participeront finalement à lépreuve, et huit seront reçus.
Le 27 avril 1942, le Verwaltungschef de lOberfeldkommandantur de Liège, Geller, dans un courrier au Bureau de lInstruction Publique de Liège, fait état dune plainte du comité liégeois de lAJB , selon laquelle « ses tentatives pour trouver des locaux scolaires appropriés pour la création décoles primaires juives ont rencontré jusquà présent peu de succès auprès des administrations scolaires de la ville » 121. Geller précise que, selon le comité liégeois de lAJB, « il sagit environ de 600 écoliers et écolières dans le Grand-Liège », et il donne jusquau 1e juin pour faire rapport sur ce qui a été entrepris en cette matière. La pression exercée par Geller semble avoir porté ses fruits : le bourgmestre Bologne, dans un courrier daté du 2 juin adressé au Dr. Busch, confirme que le Collège échevinal a marqué son accord sur la proposition de mettre à disposition des élèves juifs le Jardin denfants de la rue Bonne Nouvelle. Le comité liégeois de lAJB « disposera de 8 classes, dun bureau, et dune grande salle des fêtes qui pourra servir à lenseignement de la gymnastique ; au besoin, un laboratoire y serait installé » 122, ce qui répond à la demande de 8 à 10 classes pour les 230 élèves en âge décole primaire et les 102 élèves en âge décole moyenne.
Cette école juive a-t-elle jamais vu le jour à Liège ? Dans une lettre datée du 31 août 1942, Koschminski informe la Commission centrale de lenseignement de lAJB à Bruxelles que « pour la 9e Année scolaire [ ] il y a : 15 garçons, 14 filles. Pour la 10e année scolaire [ ] il y a 13 garçons, 16 filles » 123. Mais le 16 septembre suivant, il fait savoir à la même Commission que, en ce qui concerne le personnel enseignant juif, « la situation générale à Liège est assez confuse pour le moment doù impossibilité de disposer de nos effectifs dès maintenant » 124.
Assez confuse, la situation générale ? Le 10e Convoi à destination dAuschwitz venait de quitter Malines la veille avec 5 liégeois parmi les déportés. Depuis le 3 août précédent, environ 400 Juifs de la région liégeoise, parmi lesquels 34 enfants de moins de quinze ans, avaient déjà été déportés 125. Walter Heiber, candidat-instituteur, avait été déporté par le 2e Convoi (11 août 1942 ; 24 liégeois parmi les déportés). Wolf Krimtchanski, candidat-instituteur, est déporté par le 7e Convoi (1er septembre 1942 ; 5 liégeois parmi les déportés). Nochim Ajzenstein, candidat-instituteur, et Erwin Koschminski, directeur de lEcole juive, seront déportés par le 20e Convoi (19 janvier 1943 ; 41 liégeois parmi les déportés).
Les dispositions qui, en Belgique, dessinent le cadre général du travail obligatoire sont arrêtées au printemps 1942 126. Elles visent à mettre au travail le plus grand nombre de Belges possibles en territoire occupé, dans des entreprises considérées comme nécessaires à leffort de guerre. Dans ce dispositif général, les Juifs font lobjet dun statut spécial impliquant notamment leur ségrégation sur les lieux de travail, où ils doivent rester en groupes isolés du reste du personnel employé ou ouvrier 127.
Les deux rouages administratifs essentiels de la mise au travail sont représentés à Liège, dune part, par le Werbestelle (Service allemand de recrutement et dengagement de main duvre pour lAllemagne), dirigé par le colonel Kurth, Conseiller supérieur de ladministration de guerre allemande, et, dautre part, par lOffice du Travail (OT) de Liège, que dirigent Albert Carpiaux, Stéphane Meunier et François Pirard, respectivement directeur, chef du département Régie du Travail et chef de service 128. Sil na pas été prouvé que Carpiaux appartenait au parti rexiste ou à un autre organisme dordre nouveau, son service ne comptait pas moins de dix-neuf rexistes 129. En tout état de cause, ce service, bien que placé sous les ordres du Ministère belge du Travail et de la Prévoyance Sociale, agira de manière quasiment autonome et sera une courroie de transmission efficace de lexécutif allemand.
Dès le mois de juin, le comité directeur de lAJB prend ses dispositions pour répondre aux nouvelles exigences allemandes. Dune part, il délègue ses responsables auprès des autorités belges et allemandes. Dautre part, il installe auprès de chaque comité local de lAJB un office de placement chargé de trouver des emplois pour les travailleurs forcés juifs. Enfin, à Bruxelles, il instaure, directement sous son autorité, un Office juif de placement (O.J.P.) composé de trois sections : embauche des ouvriers juifs dans lindustrie (responsable : Nozyce), création dateliers juifs (responsable : Lazer) et création de centres agricoles juifs (responsable : Hellendall).
Dans la dernière semaine de juin, Noé Nozyce et Grigorijs Garfinkels, du comité liégeois de lAJB, rencontrent successivement le Dr. Kurth, de la Werbestelle, et Pirard, de lOT, pour régler avec eux les modalités de la mise au travail forcée des Juifs de la région liégeoise 130. Selon le rapport quils adressent par la suite au comité directeur de lAJB, Kurth leur a clairement indiqué que tous les Juifs seraient soumis au contrôle de lOffice du Travail, quils subiraient un examen médical et seraient placés en groupes. Il aurait encouragé leur projet de démarcher les industries (Ougrée-Marihaye, Espérance-Longdoz, Fabrique Nationale à Herstal, etc ) et les entreprises de travaux publics afin de placer des ouvriers juifs. Et quand les dirigeants juifs abordèrent, par le biais de lorganisation de lenseignement juif, la question des exemptions au travail obligatoire, il aurait semblé concéder quelle serait acquise pour tout le personnel de lAJB et les mères ayant des enfants en bas âge. Pirard, de lOT, serait allé dans le même sens que Kurth, précisant que les Juifs seraient convoqués à lOT pour remplir des fiches individuelles, mais refusant toutefois quun médecin juif participe aux examens médicaux. A sa demande, une liste du personnel de lAJB liégeoise susceptible dêtre dispensé du travail obligatoire lui fut adressée le lendemain même de lentrevue, et dans son rapport au comité directeur de lAJB, Garfinkels souligne que cette liste avait été reçue « avec beaucoup de bienveillance [ ] nous avons tout à gagner en faisant preuve de bonne volonté [ ] lOffice National du Travail organisera le travail des juifs avec compréhension et dune façon humaine ». Cest pourtant un ton bien différent quadoptait Meunier, supérieur direct de Pirard, dans un rapport à Kurth sur la même entrevue entre son subordonné et les deux Juifs : « La présente communication vous est faite pour que vous nignoriez rien des manuvres auxquelles voudrait se livrer la colonie juive et aussi pour vous assurer que mon agent précité ne se laissera influencer par aucune de ces manuvres et exécutera ses missions concernant le problème entamé, avec la plus grande fermeté et sans aucune dérogation aux directives établies » 131.
Bien que les Juifs aient constitué moins de 1% de la population totale de la région liégeoise, la question de leur mise au travail tient une place prépondérante dans les procès-verbaux des réunions tenues par le Dr Kurth à lOberfeldkommandantur de Liège, du 18 juin au 29 juillet 1942, avec les responsables des OT de Liège, Namur, Verviers, Huy et Arlon. Tous les aspects de lorganisation de la mise au travail y furent examinés : âge des individus susceptibles dêtre réquisitionnés (16 ans à 60 ans pour les hommes, 16 ans à 40 ans pour les femmes 132), questionnaires individuels, dérogation pour les ressortissants Italiens et Hongrois dorigine juive et pour certains Juifs nétant pas astreints à porter létoile (Roumains, Turcs, Grecs, ) 133. Kurth signale à la réunion du 9 juillet 134 que la Fabrique Nationale darmes de guerre était disposée à employer quatre-vingts à cent femmes juives en tant que réviseuses mais que leur mise au travail se ferait progressivement. Dés le 16 juillet, il était porté à sa connaissance que « 23 juives sont mises au travail » et qu« en date du 17 courant, 45 nouvelles seront mises au travail » 135. Lors de la réunions du 23 juillet, le Dr Kurth rappelle que « dans larrondissement de Liège, en ce qui concerne les localités du Grand Liège, la collaboration de la police locale est obtenue pour prier les ouvriers qui ne répondraient pas aux convocations de lOffice du Travail de se présenter au dit Office » 136. Le Dr Kurth prie également les représentants des OT locaux de lui renvoyer les listes de juifs quil leur avait communiquées pour la mise au travail, à mesure que celles-ci devenaient sans emploi pour les OT 137. Ce sera chose faite dès le 27 juillet 1942 138. Après la guerre, le Dr Kurth décrira à nouveau la procédure : « les listes des juifs venaient de la Gestapo, elles étaient remises au service de Von Bechmann 139, transmises à mon service et par moi à lOffice du Travail [ ] Cétait des listes établies en 1941 lors du recensement des juifs » 140.
Le rapport que lOffice du Travail de Liège adresse en date du 29 juillet à lOffice National du Travail à Bruxelles atteste que la situation est en train de changer radicalement. Car sil y est encore question de la mise au travail des juifs dans les entreprises locales, il y est également fait mention de la convocation de 250 hommes destinés à travailler dans le Nord de la France. De plus, il y est fait état de la convocation à Malines dun contingent de 181 hommes, ces derniers étant convoqués directement par le commandement militaire allemand. Pirard indique dailleurs que « nous en avons été avisé indirectement » 141. Quoi quil en soit, sur les 250 hommes prévus par lOffice du Travail, seuls 142 rejoindront, le 3 août 1942, les camps de travail de lOrganisation Todt établis dans le Pas-de-Calais 142.
La politique allemande à légard des Juifs en Belgique prend un tournant décisif au cours du mois de juillet 1942. Pour exécuter les ordres de Berlin relatifs à la solution finale un émissaire dAdolf Eichmann, le lieutenant SS Anton Burger, vient sinstaller à Bruxelles pour une quinzaine de jours pour assister le Judenreferent, Kurt Asche, lui aussi lieutenant SS.
Le 15 juillet, Burger et Asche convoquent les délégués de lAJB et les informe que « les Juifs seraient mis au travail hors de Belgique, mais dans les frontières de lancien empire allemand », que « lA.J.B. aurait à soccuper, comme prévu dans ses statuts, de cette mise au travail », et que « au cas ou lA.J.B. nacceptait pas, il userait des méthodes qui avaient fait leurs preuves en dautres pays ». Burger affirma encore quil ny aurait pas de rafles et qu« il ne sagissait que de 10.000 personnes qui seraient payées, qui pourraient écrire et recevoir des colis » 143. En conséquence, lAJB reçoit de nouvelles instructions : établir un fichier de tous les Juifs en Belgique sur base duquel seront adressés aux Juifs des ordres de prestation de travail établis par la Gestapo. Ces ordres porteront lestampille : « présenté par lAssociation des Juifs » et seront accompagnés dune circulaire de lAJB signée par tous les membres du comité directeur, grand rabbin en tête, ainsi que par les présidents des communautés israélites, réitérant les assurances données par lautorité occupante qu« il sagit effectivement dune prestation de travail et non dune mesure de déportation » et rappelant que « la non-observance de lordre de prestation de travail pourrait entraîner de fâcheuses conséquences, tant pour les membres de votre famille que pour la population juive toute entière du pays » 144.
A Liège, les premières convocations arrivent fin juillet. La section Travail du comité local fait parvenir à tous les Juifs de la région susceptibles dêtre convoqués un courrier express où recommandé, où déposé par porteur, dans lequel le destinataire est prié de passer au siège liégeois de lAssociation pour y « retirer une convocation le concernant ».
Le rapport du 29 juillet, déjà évoqué ci-dessus, faisait état de la convocation à Malines de 181 hommes de la région liégeoise. Or, sur les listes de départ ne figurent que 48 noms, parmi lesquels 46 personnes ont répondu à la convocation et 2 ont été arrêtées. 20 femmes figurent également sur cette liste, dont 13 ouvrières de la Fabrique Nationale darmes. 19 dentre elles ont répondu à la convocation, 1 a été arrêtée. Ce sont donc au total 68 Juifs de la région liégeoise qui feront partie des 998 déportés du 1er Convoi parti de Malines le 4 août 1942 à destination dAuschwitz. Pour le 2e convoi du 11 août 1942, ce sont 24 Liégeois qui figurent sur les listes, parmi lesquels 14 seulement ont encore répondu à une convocation. Enfin, du 3e au 7e convoi, soit du 15 août au 1er septembre, on ne dénombre plus que 14 personnes, qui toutes ont été arrêtées.
Ces chiffres indiquent que, en un mois, les Juifs sont devenus des réfractaires. Pour autant, le refus de répondre aux convocations ne signifie pas encore le passage dans la clandestinité. Pleine dincertitude, la vie continue.
LAutorité Occupante, consciente quil ne lui suffira pas de convoquer les Juifs pour les piéger, change alors de stratégie. Le 27 août 1942, des soldats allemands procèdent directement à des arrestations domiciliaires. 75 personnes sont arrêtées, dont 8 membres du comité liégeois de lAJB, et, selon certains témoins, rassemblées dans des commissariats de police 145 avant dêtre transférées à Malines. Un mois plus tard, soit vers le 25 septembre, les Allemands mènent lopération la plus importante qui ait jamais eu lieu dans larrondissement de Liège - probablement lunique rafle de Liège. 100 juifs sont arrêtés, dont 18 au siège local de lAJB, qui, le 26 septembre, feront partie du 11e convoi à destination dAuschwitz. Au début du mois doctobre, 498 Juifs de la région liégeoise ont déjà été déportés, parmi lesquels 30 membres du personnel de lAJB.
Larrestation, le 8 avril 1943, de Noé Nozyce et de 7 autres membres du comité local, dont le directeur de lEcole Juive Erwin Koschminski tous seront déportés par le 20e convoi du 19 avril suivant -, met un terme à lexistence du comité liégeois de lAJB, mentionné pour la dernière fois dans le procès-verbal de la 76e séance du 27 mai 1943 du Comité Directeur, où «il est décidé de sinformer de la situation actuelle de la colonie juive de Liège » 146. Toutefois, la fin de lAJB liégeoise ne signifie pas pour autant la fin de toute communication entre les juifs de Liège qui ne sont pas entrés dans la clandestinité et lAJB de Bruxelles. Désormais, cest principalement le Service des Interventions de Bruxelles qui répondra aux demandes provenant de Liège : autorisations des visites à Malines, demandes de libération des internés à Malines, informations sur les déportés, service de correspondance avec lEst de lEurope, transfert de fonds par clearing.
A partir de janvier 1943, un service de correspondances règle les échanges avec lEst. Ce sont souvent des intermédiaires qui tentent dobtenir des informations sur le sort des déportés ou de vérifier larrivée dun courrier en provenance de lEst 147. Pour ce qui est du courrier en provenance de lEst, Elie Moëd mentionne, par exemple, à Madame Blicblum, de Liège, le 10 mai 1943, la réception de 400 messages des camps de lEst ou encore, le 29 novembre 1943 à Madame Plunus, larrivée de 6 messages destinés à des personnes habitant Liège 148. En ce qui concerne des nouvelles des déportés, la plupart des réponses données par Bruxelles sont négatives. La documentation disponible ne mentionne guère plus dune dizaine de noms associés à des messages reçus de lEst. Cest notamment le cas de Noé Nozyce, qui écrit de Monovitz à son beau-père Lazar le 20 juillet 1943.
Le Grand Liège comptait 2.560 Juifs en mai 1940. Environ 700 dentre eux ont été assassinés par les Allemands 149. Les autres ont survécu parce quils ont notamment bénéficié de nombreuse complicité au sein de la population de la région y compris dans les administrations communales. Mais de même que lhistoire de Liège sous loccupation reste à faire, lhistoire de cette résistance-là reste à écrire. Aussi me contenterai-je ici dévoquer deux aspects du retour à la normale qui suivit la Libération de septembre 1944 : les procès des responsables, dune part, et la cristallisation dune mémoire résistante largement dominante dans la conscience collective, dautre part.
Au début de lannée 1945, lancien bourgmestre de Liège Joseph Bologne et le procureur général à la cour dappel de Liège Lambert Desthexe sont accusés davoir exposé aux recherches de lennemi, en mai 1941, environ 180 personnes, membres du parti communiste, et davoir transmis, en septembre 1942, une liste de « souteneurs » denviron 30 noms 150. Tous deux sont inculpés dinfraction à larticle 121 bis du Code Pénal, crime ou délit contre la sûreté de lEtat. Le 16 janvier 1945, J. Rouir, J. Rigo, J. Defourny, J. Detaille et L. Galere, adressent une lettre de soutien à leur ancien patron. « Vous avez résisté dans toute la mesure du possible », écrivent-ils, « ne lâchant souvent par mesure de moindre mal que lombre de ce qui vous était demandé, afin de réserver lessentiel susceptible de porter préjudice au Pays » 151. La transmission du registre des juifs par ladministration communale de Liège nétait pas lobjet du procès, mais elle fut malgré tout évoquée au cours de laudience publique du 6 novembre 1945. «Oui, répond Bologne à une question du président de la cour, je maintiens avoir refusé de livrer aux Allemands les listes de juifs et francs-maçons et ce, parce que la loi est formelle. Cela se passait en 1940. Jai refusé en invoquant la loi. Il ny a [eu] aucune sanction contre moi » 152. Ainsi rapidement éludée par Bologne, la question de la transmission dune liste de juifs ne retiendra plus aucune attention durant le procès ni au cours des années qui suivirent. Le 12 octobre 1946, Bologne et Desthexe ont bénéficié dun arrêt dacquittement.
Le successeur de Joseph Bologne à lhôtel de ville, le rexiste Dargent, prévenu de dénonciations caractérisées et collaboration policière, fut condamné à mort et exécuté, sans quil soit question des juifs à son procès.
Les responsables de lOffice liégeois du Travail furent eux aussi traduits en justice, et leur rôle dans la mise au travail forcée des Juifs pesa sur les peines prononcées. Albert Carpiaux, Directeur, fut condamné à la détention à perpétuité. S. Meunier, chef de département, fut condamné à mort. François Pirard, chef de la section Placement, était décédé en septembre 1944.
Le SS-Sturmscharführer Willhem Stade, chef de la section anti-juive (section IV B) de la Sicherheitspolizei de Liège, avait participé à 27 actions au cours desquelles plus de 400 juifs avaient été arrêtés et déportés. Ses exactions étaient connues : détention arbitraires, contraintes ou voies de fait, meurtres, coups, vols. Son dossier fut classé sans suite le 21 mars 1949, les poursuites étant jugées inopportunes 153. Quant à ses auxiliaires belges à la SIPO, Alfred Delhez condamné à 3 ans, Oscar Evrard condamné à mort, Pierre Telgmann condamné à mort 154, Maurice Darcis réhabilité le 4 septembre 1978, Auguste Voss condamné à 20 ans.
Noé Nozyce, membre du comité directeur de lAJB et président du comité local de Liège, fut arrêté et déporté à Auschwitz en avril 1943 avec sa femme Marthe Lasar et leurs deux enfants. Rapatrié seul en mai 1945, il obtint le statut de prisonnier politique pour activité patriotique et désintéressée en juillet 1949. Gregory Garfinkels avait été président de la commission denseignement, trésorier et secrétaire général du comité local de Liège de lAJB. A la Libération, il est accusé par les résistants du Comité de Défense des Juifs davoir participé aux mesures de déportation et, en particulier, à la confection de listes de déportés. Le CDJ transmit un dossier à charge à lAuditorat Militaire, mais lenquête menée par les autorités belges en 1945 fut classée sans suite en avril 1947.
Salomon Ullmann 155, grand rabbin de Belgique, avait été commis doffice par les Allemands à la présidence de lAJB, de décembre 1941 à sa démission en octobre 1942. A la Libération, il dût répondre devant lAuditorat Militaire du soupçon de collaboration avec lennemi, mais laffaire se solda en juin 1947 par un non-lieu, « attendu que linstruction navait pas relevé de charges suffisantes » 156.
En 1947, le gouvernement belge décidait dériger à Liège le Monument national à la Résistance. En séance du 12 juillet 1948 du conseil communal de la ville élue, cette décision était commentée comme suit par léchevin Renotte : « Lérection en notre ville du Monument national à la Résistance constitue une reconnaissance officielle de la vaillance patriotique des Liégeois. Cest un hommage national qui est fait à Liège à la fois par le Gouvernement et par la Résistance tant des Flandres que de Wallonie» 157. La presse nétait pas en reste. « Les résistants flamands eux- mêmes ont estimé que la Cité Ardente méritait cet hommage puisque aussi bien elle fut toujours à la pointe du combat », soulignait léditorialiste du quotidien liégeois La Meuse 158. Et le 8 mai 1955, lors de linauguration du monument, en présence du roi Baudouin, de lensemble du gouvernement et des représentants des corps constitués, le bourgmestre Paul Gruselin déclarait, à propos de lurne funéraire scellée dans un reliquaire monumental : « Ces cendres proviennent de Belges. Nul ne pourrait dire sils étaient Flamands ou Wallons ; on ne connaît rien deux, ni de leurs convictions philosophiques ou religieuses. On sait quils sont morts pour la Patrie. Ce sont des Belges qui ont tout sacrifié, tout abandonné » 159. Sil semble bien que le mot « juif » ne fut pas prononcé de la journée, les Juifs, pourtant, nétaient pas absents de cette cérémonie. Deux rabbins, de même que les ministres des deux autres cultes, catholique et protestant, officiellement reconnus par la Constitution belge, donnèrent leur bénédiction au monument-reliquaire. Le premier, Josif Lepchivcher, ministre officiant de Liège, avait été caché au séminaire, puis à Banneux par les bons soins de lévêque du diocèse, Mgr Louis-Joseph Kerkhofs. De ce fait, le rabbin était devenu la figure emblématique du Juif soustrait par lEglise aux griffes des assassins nazis. Le second était Salomon Ullmann. Bien quéminemment controversé au sein de sa communauté, il avait repris sa charge de grand rabbin du pays.
1 Thierry Rozenblum est petit-fils de déporté et membre de lAssociation de la Mémoire de Dannes-Camiers, constituée par des fils et petit-fils de déportés de la région liégeoise dans les camps de travail du Nord de la France, qui a soutenu la recherche dont cet article présente une première synthèse.
2 lAssociation de la Mémoire de Dannes-Camiers, constituée par des fils et petit-fils de déportés de la région liégeoise dans les camps de travail du Nord de la France, a soutenu la recherche dont cet article présente une première synthèse.
Je remercie lhistorien Maxime Steinberg pour son soutien indéfectible, les archivistes, les administrations et les institutions qui mont offert une grande liberté de travail, et léquipe de bénévoles qui, suivant les directives de larchiviste Laurence Schram, a entrepris d'établir l'inventaire et l'archivage des dizaines de milliers de documents que jai copiés au cours de ma recherche, dans lintention de les mettre bientôt à la disposition du public.
Pour la rédaction du présent article, je tiens expressément à remercier Bernard Suchecky qui a relu tout le texte, Maxime Steinberg, Rachel Péguine et Fiorella Bassan.
Jacques Stiennon (dir), Histoire de Liège, Toulouse, Privat, 1991, p. 7.
3 Jacques Stiennon, op.cit., p. 265; La Wallonie, 21 octobre 1947 ; La Dernière Heure, 12 mai 1948.
4 « Il nexiste aucun travail densemble sur lhistoire de Liège entre 1940 et 1946 », estimait Jacques Stiennon en 1991 (op. cit., p.315) ; « le gouverneur Gilbert Mottard a consacré une étude détaillée au fonctionnement des administrations provinciale et communale et le journaliste liégeois Jean Jour a publié des recueils de documents photographiques, pendant que divers aspects faisaient lobjet de dissertations universitaires non publiées ».
5 Voir la lettre adressée par lOberfeldkommandant Van Glaer au Bourgmestre de Liège Théophile Dargent en date du 31 juillet 1943 : « la confiance que javais placée dans la collaboration spontanée de votre police vient dêtre à nouveau fortement ébranlée par la conduite de vos agents, lors de lintrusion des bandits dans deux divisions de police du Grand-Liège [ ]. Jai limpression nette que les bandits croient quils peuvent se procurer des pistolets très facilement et sans danger auprès de la police belge en supposant, à juste raison, dirait-on, que les agents de police donnent les armes qui leur sont confiées, sans résistance bien sérieuse » [Archives de la Ville de Liège (AVLg), Bureau de Police administrative (BAP) boîte 2 (b2)].
6 Florence Matteazzi, L'attitude du clergé face à la Shoa dans le diocèse de Liège (1940-1945), Mémoire de licence inédit, UCL, 1997.
7 En particulier, le camp de Dannes-Camiers. Le 31 octobre suivant, mon grand-père réussit à sauter du convoi, le 16e, qui emportait vers Auschwitz les derniers détenus des camps du Pas-de-Calais, auxquels les Allemands avaient joint des Juifs de Belgique rassemblés à la Caserne Dossin à Malines, au total, 1676 personnes.
8 A Bruxelles : Centre d'Etudes et de Documentation Guerre et Sociétés contemporaines (CEGES), , Service des Victimes de la guerre (SVG), Auditorat Militaire (AMB), Musée Juif de Belgique (MJB); à Malines : Musée juif de la Déportation et de la Résistance (JMDV); à Seraing, Institut d'Histoire ouvrière, économique et sociale (IHOES); à Liège : Musée de la Communauté Israélite de Liège (MCIL); Les Administrations Communales de Angleur, Ans, Bressoux, Chênée, Grivegnée, Herstal, Liège, Seraing et Tilff ; en France : Centre de Documentation Juive Contemporaine (CDJC); aux Etats-Unis : Yivo Institute for Jewish Research; en Pologne : Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau.
9 Quelques-uns de ces témoignages ont été filmés par l'équipe du magazine Faits Divers de la Radio Télévision Belge qui y a consacré deux émissions : "Les Évadés du convoi 16", réalisation de Robert Neys et Jean Pierre Grombeer, le 27 octobre 1999 et "LOmbre de leurs ombres", réalisation de Agnès Lejeune et Eric Monami, le 27 mars 2002.
10 Un projet de recherche du Centre dEtudes et de Documentation Guerre et Sociétés contemporaines et de la Fondation de la Mémoire contemporaine sest fixé comme objectif de réaliser, de façon impartiale et sous des aspects fort divers, une étude globale sur lAssociation des Juifs en Belgique (AJB).
11 Maxime Steinberg, L'étoile et le fusil. La question juive 1940-1942, Bruxelles, Vie Ouvrière, 1983 ;
Id., L'étoile et le fusil. 1942. Les cent jours de la déportation des Juifs de Belgique, Bruxelles, Vie Ouvrière, 1984 ; Id., L'étoile et le fusil. La traque des Juifs 1942-1944, Bruxelles, Vie Ouvrière, 1986, Volume I et II.
12 Lieven Saerens, Vreemdelingen in een Wereldstad. Een geschiedenis van Antwerpen en zijn joodse bevolking (1880-1944), Tielt, Lannoo, 2000.
13 Thierry Delplancq, «1940-1942, une cité occupée et ses Juifs. Quelques aspects heuristiques », Les cahiers de la Mémoire contemporaine, Bruxelles, 2001, t.3, pp.125-134.
14 Soit les vingt-quatre communes qui formaient le Grand Liège au début de loccupation : Angleur, Ans, Boncelles, Bressoux, Chênée, Embourg, Flémalle-Grande, Flémalle-Haute, Glain, Grâce-Berleur, Grivegnée, Herstal, Hollogne-aux-Pierres, Jemeppe sur Meuse, Jupille, Liège, Montegnée, Ougrée, Rocourt, Saint-Nicolas, Seraing, Tilleur, Vottem, Wandre.
15 Françoise Bihain, Etude sur les Juifs dans le sud du Limbourg hollandais et à Liège (XVIIIe et XIXe siècles), Mémoire de licence inédit, ULg, 1990.
16 Ces données corrigent à la hausse des travaux antérieurs aux miens. Ainsi, Florence Matteazzi, L'attitude du clergé face à la Shoa dans le diocèse de Liège (1940-1945), Mémoire de licence inédit, UCL, 1997, avait comptabilisé un total de 2.508 Juifs. Avant elle, Willy Bok, dans Aspects de la communauté juive de Liège. Contributions à lEtude Sociologique dun milieu déterminé, Liège, 1959, p. 10, avait établi quen 1939 il y avait 2000 Juifs vivant à Liège et environs. Pour ma part, je me suis servi des sources documentaires suivantes :
a) Les Registres de la population, Recensement 1931-1947, des communes de Angleur, Ans, Bressoux, Chênée, Grivegnée, Herstal, Jemeppe-sur-Meuse, Liège, Ougrée, Seraing, Tilff ; b) Les Bulletins de renseignement des Etrangers, des communes de Angleur, Ans, Bressoux, Chênée, Herstal, Jemeppe-sur-Meuse, Liège, Ougrée, Seraing ; c) Les dossiers de Sûreté publique, des communes de Bressoux, Herstal et Liège ; d) Les registre de population des Juifs de Belgique (AJB), par commune et par rue, classeurs 406 et 407, Liège et ses environs (CEGES, Fonds Auditorat Militaire, n° 1314) ; e) La liste des juifs mis au travail obligatoire (SVG), Office National du Placement et du Chômage, Bureau Régional de Liège, nov. 1941, Rapport (R) 497, Transmis (TR) 110.810, 126/2); f) La liste des déportés de la région liégeoise établie après guerre par lasbl Aide aux Israélites Victimes de la Guerre (AMB), n° 426/L/47, farde n°190, dossier Teyrlink, Brab et consorts, pp.1-29) ; g) Le registre des Juifs de Belgique, des communes de Angleur, Ans et Bressoux (MJB).
17 En réponse à un questionnaire de lAutorité occupante daté du 27 mai 1940, les services de la Ville de Liège mentionnent, pour la date du 29 février 1940, 161.073 habitants [(AVLg), Cabinet du Bourgmestre (Cabou) Traduction (Tra) non numéroté].
18 410.232 habitants est le chiffre fourni par le Président de la Conférence des Bourgmestres du Grand Liège au Dr. Busch en date du 7 octobre 1941 sur le relevé de population des 24 communes du Grand Liège (AVLg, Cabou Tra n° 3187).
19 Rex adoptera les thèmes antisémites de son modèle allemand seulement en 1938. Voir Francis Balace, « REX aux élections communales de 1938 », in Les élections communales et leur impact sur la politique belge (1870-1970). XVIe Colloque International, Spa, 2-4 septembre 1992. Actes, Bruxelles, Le Crédit Communal (collection Histoire), n° 87, 1994, p. 245.
20 Emmanuel Gerard, « La démocratie contestée », in La séduction des masses, les années 30 en Belgique, Ludion, CGER, 1994, p. 112.
21 Né dans une famille darmuriers liégeois, Joseph Bologne (1871-1959) milite au sein du Syndicat des employés et voyageurs quil a contribué à créer en 1900, entre en politique et devient député socialiste de Namur en 1910. Lors de la Première Guerre Mondiale, il prend une part active dans la bataille de Liège comme agent de liaison entre les forts. Il crée ensuite un service de renseignements pour larmée française. Arrêté et condamné à mort par les Allemands, il ne doit son salut quà lArmistice du 11 novembre 1918. Cité à lordre du jour de larmée française, il est décoré de la Légion dhonneur. Conseiller communal socialiste de Liège depuis 1899, directeur politique de la fédération namuroise du Parti Ouvrier Belge, sénateur coopté en 1932, échevin de la ville de Liège chargé de lEtat civil, de la Population et de la Régie des eaux (1935), il devient bourgmestre en 1940 - voir Paul Delforge dans LEncyclopédie du Mouvement wallon, Tome 1, Charleroi, Institut Jules Destrée, 2000, pp. 163-164.
22 Administration communale de Herstal, Service de Documentation, Affiches de la guerre 1940-1945, réf. 2.073.532.2.
23 Cf. article 43 des règlements de La Haye de 1899 et 1907.
24 A ce sujet, voir notamment la revue Juger n°6-7, Bruxelles, 1994, consacré à « Justice et barbarie, 1940-1944 » ; J.Gerard-Libois et José Gotovitch, L'an 40. La Belgique occupée, Bruxelles, CRISP, 1971, p. 191 ; Marc Van den Wijngaert, « La politique du moindre mal. La politique du Comité des Secrétaires Généraux en Belgique sous loccupation allemande, 1940-1944 », LOccupation en France et en Belgique 1940-1944, Actes du colloque de Lille, 26 28 avril 1985, Revue du Nord, 1987, 2 vol., hors-série, collection Histoire, Université de Lille III, Villeneuve dAscq, Memor, Tome 1, pp. 63-72.
25 Voir Eric Paquot, Sicherheitspolizei - Sicherheitsdienst Lüttich et organisation policière allemande à Liège (1940-1944), Mémoire de licence inédit, ULg, 1985, p. 3.
26 Extrait dune circulaire de lAutorité Provinciale du 19 juillet 1940 au sujet dune communication du Général Keim concernant lexécution des ordonnances de lAutorité allemande (Administration communale de Herstal, Service de Documentation, Fonds de la guerre 1940-1945, 2077).
27 « Cest lautorité belge recherchez dans vos archives la circulaire du 30 août 1940 de M. le Gouverneur a.i. Doyen -, et lautorité occupante le Stadtkommissar dabord, lOberfeldkommandantur ensuite -, qui mont chargé dassurer la très lourde charge de Président de la Conférence des Bourgmestres de lagglomération liégeoise et, pour me servir de lexpression employée par ces MM. de lOberfeldkommandantur, de Chef des Bourgmestres du Grand Liège » - courrier de J. Bologne à J. Dengis, Bourgmestre de Bressoux, daté du 5 novembre 1941 (AMB, n° 2764/Mag. 1/44, dossier Joseph Bologne et Lambert Destexhe).
28 Entretien du 18 septembre 1940 entre le Stadtkommissar Ranze et le Bourgmestre Bologne (AMB, n° 2764/Mag. 1/44, dossier Joseph Bologne et Lambert Destexhe).
29 Entretien du 6 décembre 1940 entre le Bourgmestre Bologne et le Dr. Busch, administrateur de la Province de Liège (AVLg, Cabou Tra n° 1135).
30 Courrier du Chef de lAdministration de lOberfeldkommandantur 589 à Mr le Bourgmestre de Liège, Président des Bourgmestres des Communes du Grand Liège, en date du 20 décembre 1940, ayant pour objet « Rapport mensuel sur la situation » (AVLg , Cabou Tra n° 1259).
31 AMB, n° 2764/Mag. 1/44, dossier Joseph Bologne et Lambert Destexhe.
32 AMB, n° 2764/Mag. 1/44, dossier Joseph Bologne et Lambert Destexhe.
33 AVLg, Cabou Tra n° 3432, 3573, 3847.
34 AMB, n° 2764/Mag. 1/44, dossier Joseph Bologne et Lambert Destexhe.
35 AVLg, Cabou Tra n° 3695, 3710, 3786, 3789 ; AMB, n° 2764/Mag. 1/44, dossier Joseph Bologne et Lambert Destexhe.
36 AVLg, Cabou Tra n° 4402.
37 AMB, n° 2764/Mag. 1/44, dossier Joseph Bologne et Lambert Destexhe.
38 Ainsi, le 29 avril 1941, le Secrétariat de Police (Bureau N°6) de ladministration Communale de Herstal envoie au Bourgmestre de Herstal pour transmission à lOFK de Liège un bulletin de renseignements des personnes de nationalité étrangère habitant la commune et inscrites au registre des étrangers. Ces pièces (13 fiches) établies par nationalité, comprenaient nom et prénom, adresse, lieu et date de naissance, n° du folio du registre de Population ou n° de Bulletin dEtranger de 1355 étrangers inscrits à Herstal. (Administration communale de Herstal, Service de Documentation, Fonds de guerre réf. 1756). Voir aussi la circulaire du 20 mars 1941 du Ministère de lIntérieur et de la Santé Publique intitulée « Transmission à lautorité occupante de certains renseignements concernant les étrangers ».
39 AMB, n° 2764/Mag. 1/44, dossier Joseph Bologne et Lambert Destexhe. Parmi eux 7 juifs polonais de la Commune de Seraing. Voir Marie Lejeune, La citadelle de Huy pendant la Seconde Guerre Mondiale, Mémoire de Licence inédit , ULg, 2001.
40 AMB, n° 2764/Mag. 1/44, dossier Joseph Bologne et Lambert Destexhe.
41 Gérard Romsée est membre du parti dextrême droite flamand Vlaamsch Nationaal Verbond. Cf. J.Gerard-Libois et José Gotovitch, L'an 40. La Belgique occupée, cit.
42 Larrêté du 25 octobre 1942, paru au Moniteur belge des arrêtés ministériels et autres arrêtés des secrétaires généraux du 1er novembre 1942, porte création du Grand-Liège. Larrêté du 6 novembre désignait le bourgmestre et les échevins, majoritairement rexistes, de cette nouvelle agglomération [AMB, n° 392 L/45 - 401 L/45, dossier Albert Dargent et consorts, (Affaire « Grand-Liège »)]. Pour les autres agglomérations [Le grand Anvers (septembre 1941), le grand Gand (mai 1942), le grand La Louvière (juin 1942), le grand Charleroi (juillet 1942), le grand Bruxelles (septembre 1942), le grand Bruges (octobre 1942)] voir Etienne Verhoeyen, La Belgique occupée. De l'an 40 à la libération, Bruxelles, De Boeck-Wesmael, 1994, pp. 77-78.
43 Joseph Bologne reprend ses fonctions à la libération de Liège, le 7 septembre 1944.
44 L'officier de liaison du commandant militaire pour la Belgique et le Nord de la France, Paris, le 19 septembre 1940, note du dossier. (SVG, Majestic. Film XXII). Maxime Steinberg ma aimablement signalé ce document.
45 Voir Maxime Steinberg, L'étoile et le fusil, la question Juive, 1940-1942, cit., pp. 26-28.
46 Note de léchevin liégeois au ravitaillement, Jennissen, à lIntendant Scheiber, le 17 mai 1940 : « Lapprovisionnement de la ville de Liège est dés à présent très précaire. La situation de nombreuses communes environnantes est encore plus tragique car certaines dentre elles manquent de tout » (AVLg, BAP 5).
47 Lettre du Commissaire en Chef de Police au Bourgmestre de la ville de Liège en date du 3 juin 1940 (AVLg, BAP 1).
48 Les équivalents des maires et adjoints au maire en France.
49 Arrêté joint à une lettre de léchevin du Ravitaillement Jennissen à Monsieur le Commissaire et à Monsieur le Commissaire en Chef [AVLg, BAP liquidation (Liq) des commerces abandonnés (Com 1)].
50 AVLg, Cabou Conf Corr.
51 A propos du remboursement du produits des marchandises liquidées de commerçants juifs: le 22 novembre 1940, le Kriegsverwaltungsinspektor du Gruppe XII (Division Economie) de Bruxelles répond à un courrier de léchevin liégeois du ravitaillement Jennissen à propos de la liquidation des marchandises dun certain nombre de commerçants qui avaient quitté la ville. Les fonds provenant de ces liquidations avaient été versées à la caisse communale pour être rendus aux commerçants à leur retour. Jennissen explique quil se trouve devant une difficulté nouvelle : « Mais voici que se présentent à notre Office des commerçants que nous avons lieu de supposer être des israélites et qui déclarent être revenus au pays avant lordonnance du 28 octobre. Je vous serais obligé de me faire savoir le plutôt possible si je puis remettre les fonds qui appartiennent à ces personnes ». La réponse allemande est sans équivoque : «Les produits des marchandises liquidées peuvent être payés à des ayants droit juifs, parce quil ne sagit pas ici dune disposition de biens juifs en leur totalité ». La Brüsseler Treuhandgesellschaft récupérera en février 1944 le solde du crédit de commerçants juifs qui ne rentreront plus en Belgique soit : 41.406,60 Francs belges (AVLg, BAP Liq Com 1).
52 AVLg, BAP b2.
53 Voir Maxime Steinberg, L'étoile et le fusil. La question juive 1940-1942, cit., p. 107.
54 Une première ordonnance, datée du 23 octobre, ne désigne pas nommément les Juifs mais interdit labatage rituel.
55 Le Conseil de Législation, mis en place pendant loccupation, est composé de hauts magistrats et donne des avis juridiques qui « inspirent ou couvrent » les Secrétaires Généraux.
56 Pour les communes de moins de 5000 habitants, ce sont les commissariats darrondissement qui sont requis.
57 AMB, n° 2764/Mag. 1/44, dossier Joseph Bologne et Lambert Destexhe.
58 AVLg, Cabou Tra n° 1011.
59 Archives de la Commune de Seraing (ACSg), Situation des Juifs n° 547-195.
60 AVLg, Archives de guerre de la commune de Wandre.
61 Le 31 décembre, Seraing fait rapport de la bonne application de la mesure tant en ce qui concerne les inscriptions au registre des juifs (sur lequel figurent 185 personnes) que laffichage des établissements et la cessation des fonctions et activités exercées par les juifs. (ACSg, Situation des Juifs n° 547-195).
62 AVLg, Cabou Tra n° 1258.
63 AVLg, Archives de guerre de la commune de Wandre.
64 AVLg, dossiers de Sûreté publique (SP) Lg n° 132572.
65 Le Registre des Juifs de la ville de Liège est à ce jour introuvable et ne figure pas au nombre des Registres des Juifs de la région liégeoise mis en dépôt au Musée Juif de Belgique.
66 A Angleur, sur les Bulletins de renseignement des Etrangers : Juif à lencre rouge. A Bressoux, sur les Bulletins de renseignement des Etrangers, dans la case n° 14 : Inscrit au registre des juifs, et dans les Registres de la Population. A Chênée, dans les Registres de la Population : Fiche Juif à lencre rouge. A Grivegnée, dans les Registres de la Population : J hors cadre et à lencre rouge. A Herstal, dans les Registres de la Population : la mention Inscrit au registre des juifs à lencre rouge. A Liège, dans les Registres de la Population : J à lencre rouge. A Seraing, un J sur les Bulletins de renseignement des Etrangers, au-dessus de la page, et dans les Registres de la Population.
67 Registre des Juifs de la commune de Bressoux, MJB.
68 Dans la commune de Bressoux, la population est estimée en 1939 à 15.816 habitants (Cf. La Région Liégeoise, Démographie, Logement, Industrie et Commerce. Lévolution depuis 1846 et les données du recensement Général de 1947, Ladministration Communale de Liège, 1951). Jai recensé 162 juifs présents au 10 mai 1940 ; sur le registre des juifs de la commune de Bressoux on relève 125 inscrits, soit 77 % de la population juive. La grande majorité ( 82 personnes ) des juifs se sont inscrits à la date du 30 novembre 1940.
69 Lettre de J. S. en date du 20 février 1941 adressée à lAdministration Communale de Bressoux. Une fiche sera établie pour lui, sa femme et son fils. (MJB, Registre des Juifs de la Commune de Bressoux).
70 AVLg, SP Lg n° 134247.
71 AVLg, SP Lg n° 137525.
72 AVLg, SP Lg n° 137195.
73 AVLg, SP Lg n° 137228.
74 AVLg, SP Lg n° 137371.
75 AVLg, SP Lg n° 123237.
76 AVLg, Cabou Tra n° 5203.
77 AVLg, SP Lg n° 137249.
78 AVLg, Cabou Tra n° 2551.
79 AVLg, Cabou Tra n° 2551.
80 SIPO (Sicherheitspolizei : Police de sécurité), organisme regroupant la police criminelle (KRIPO) et la Gestapo, distingué de la police en uniforme dite « police de lOrdre » (Ordnungspolizei, ORPO).
Le SD (Sicherheitsdienst), est le service de sécurité de la SS, chargé de la surveillance intérieure et de lespionnage extérieur. La SIPO et le SD sont regroupés en 1940 au sein dun office central de la SS, le Reichssicherheitshauptamt (office principal de la sécurité du Reich, RSHA).
81 AVLg, Cabou Tra n° 1914.
82 Pour lannée 1942 : 19 juillet, 23 juillet, 27 août, 2 octobre, 2 novembre, 2 décembre. Pour lannée 1943 : 4 janvier, 2 février, 1 avril, 3 mai, 2 juin, 2 juillet, 2 août, 4 septembre, 4 novembre. Pour 1944 :5 janvier, 1 février, 31 mars, avril 1944, juin 1944 (AVLg, Cabou Tra).
83 AVLg , Cabou Tra n° I/ 753.
84 AVLg, Cabou Tra non numéroté.
85 Cette information est communiquée à Bologne le lendemain. Auditorat Militaire, Registre des Juifs. SVG, Registre des Juifs. Adm. Com. Angleur et Liège - Classeur spécial, 497/110.810.
86 ACSg, Situation des Juifs n° 547-195.
87 SVG, Registre des Juifs. Adm. Com. Angleur et Liège - Classeur spécial, 497/110.810.
88 AMB, n° 2764/Mag. 1/44, dossier Joseph Bologne et Lambert Destexhe.
89 AVLg, Cabou Tra n° 4855.
90 Lettre du Bourgmestre de Bruxelles J.Coelst au Dr Gentzke, Bruxelles, 5 juin 1942 (JMDV, Archives de lA.J.B.- C.N.H.E.J., chemise 11- Etoile de David Section B : Correspondance avec les autorités allemandes).
91 AVLg, SP Lg n° 116904.
92 Quand les étoiles étaient jaunes, Production Canal Emploi, réalisation de Léon Michaux, décembre 1987.
93 Journal fondé à Seraing (IHOES, Collection Churchill-Gazette).
94 Julien Dohet et Jérôme Jamin, La Belgique de Jacques Yerna. Entretiens, Bruxelles-Seraing, Labor-IHOES, 2003, p. 19.
95 Interview accordée à Betty Garfinkels pour son ouvrage Les Belges face à la persécution raciale 1940-1944, Bruxelles, CNHEJ-ULB, 1965.
96 AMB, n° 8036 N 1944, dossier Salomon Ullmann et consorts, (Association des Juifs de Belgique), déposition du 16 août 1945 figurant dans le dossier dinstruction. Aumônier militaire en mai 1940, le rabbin Salomon Ullmann devient grand rabbin de Belgique en octobre suivant, en remplacement de Joseph Wiener. Ullmann occupera cette charge jusquen 1957.
97 Les archives du Comité local de Liège de lAssociation des Juifs en Belgique sont dispersées en divers endroits : Ministère de la Santé Publique , Musée de la Résistance, Centre d'Etudes et de Documentation Guerre et Sociétés contemporaines et Musée Juif de la Déportation et de la Résistance. Lessentiel des archives du Comité Local de Liège est à ce jour introuvable.
98 Conférence chez le Kvach Foitzheim, présents les Conseillers d'administration militaire en chef Okvr Löffler, Okvr Leiber, Okvr Dunke, ainsi que le Conseiller d'administration militaire Kvr Höllfritsch (SVG, Documentation Marburg).
99 Verordnungsblatt, Fasc.63, n° 3, pp. 798-800.
100 Sur la publication de ces documents au Moniteur voir Maxime Steinberg, L'étoile et le fusil. La question juive 1940-1942, cit. , p.129 : « La publication des statuts de l'AJB dans le Moniteur est à cet égard un maître atout. Elle confère à l'institution nouvelle un caractère national qui répond au souci de l'administration militaire. En l'occurrence, le problème de la participation des autorités belges aux ordonnances juives se trouve déplacé. Les autorités juives elles-mêmes les exécuteront, mais avec l'aide des autorités belges ».
101 Dorigine polonaise, Noé Nozyce (1904-1965) arrive en Belgique en juillet 1928 comme ouvrier pelletier. Au début de la guerre, cest un commerçant fourreur prospère. Personnage important de la direction de lAJB, il participe entre autres à des entrevues avec les autorités allemandes et belges au sujet de la mise au travail des Juifs. Lors de la démission de Salomon Ullmann, il déclare quil se fait fort dapporter de lordre dans les affaires de lAJB. Arrêté à Sprimont le 13 avril 1942 avec sa femme Marthe Lasar et leurs deux enfants, ils sont déportés par le 20e Convoi du 19 avril suivant. Rapatrié seul en mai 1945, il obtient le statut de prisonnier politique pour activité patriotique et désintéressée en juillet 1949.
102 Procès-verbal (PV) de la séance du Comité Directeur (CD) de lAJB du jeudi 22 janvier 1942 [AMB, n° 8036 N 1944, dossier Salomon Ullmann et consorts, (Association des Juifs de Belgique)].
103 JMDV, Archives de lA.J.B.- C.N.H.E.J., A007325 Liste du personnel du Comité Local de lA.J.B Liège, s.d., chemise 17 - Comité Local de Liège, Section 6-1- Listes du personnel ; Chemise 13 Arbeitseinsatz Nord de la France, Section C Listes collectives de demandes dexemption.
104 PV de la séance du C.D de lAJB du 29 janvier 1942 [ AMB, n° 8036 N 1944, dossier Salomon Ullmann et consorts, (Association des Juifs de Belgique)].
105 PV de la séance du CD de lAJB du 5 février 1942 [AMB , n° 8036 N 1944, dossier Salomon Ullmann et consorts, (Association des Juifs de Belgique)].
106 JMDV, Archives de lA.J.B.- C.N.H.E.J., Chemise 6 Comité local de Liège, Section C- Finances.
107 Note de service n° 1, non datée, du Comité Directeur aux Présidents des Comités Locaux de Bruxelles, Anvers, Liège, Charleroi et Gand (JMDV, Archives de lA.J.B.- C.N.H.E.J., Chemise 33 Cotisations, Section A Notes de service).
108 Registre de population des Juifs de Belgique (AJB), par commune et par rue, classeurs 406 et 407, Liège et ses environs : Liège, Angleur, Ans, Bressoux, Chénée, Grivegnée, Herstal, Jemeppe, Montegnée, Ougrée, Tilff, Tilleur, Seraing (CEGES, Fonds Auditorat Militaire, n° 1314)
109 Un exemple. Dans un courrier adressé le 20 août 1942 à lAJB de Bruxelles, L. G., de Bruxelles, interroge le Secrétaire : « Voudriez-vous me faire savoir par quelle source vous auriez été informé de ma prétendue qualité juive » (JMDV, Archives de lA.J.B.- C.N.H.E.J., A007525 Chemise 9 - Registre de population, Section 3 Correspondance).
110 MCIL.
111 La dérogation est accordée pour les enfants nés entre le 1er janvier 1928 et le 31 décembre 1935, et pour ceux qui tombent sous lapplication de la loi post-scolaire et qui natteindront lâge de 16 ans que dans le courant de la présente année scolaire.
112 Le Verwaltungschef de lOFK de Liège fait parvenir en date du 27 avril 1942 au bureau de léchevin de linstruction publique de Liège une lettre du Dr Löffler (AVLg, Cabou Tra n° 4485 S).
113 JMDV, Archives de lA.J.B.- C.N.H.E.J., Chemise 10 Enseignement, Section B Correspondance avec linstruction publique, Sous-section 1 Correspondance générale.
114 Rapport de lentrevue du 13/IV/1942 entre Dr. Löffler, Nico Workum et Saül Pinkous (JMDV, Archives de lA.J.B.- C.N.E.H.J., Chemise 10 Enseignement, Section A Correspondance avec les autorités allemandes.
115 Dorigine lettone, naturalisé belge en 1938, Grigorijs Garfinkels (1908-2000) arrive en Belgique en 1925 pour poursuivre ses études (il est membre du Comité dentraide aux étudiants juifs de Liège). Marié à Basie Bieloguski, il est au début de la guerre ingénieur du génie civil. Président de la commission denseignement, trésorier et secrétaire général du comité local de Liège de lAJB, il aura un rôle important dans lorganisation de la mise au travail des Juifs de Liège. Après la guerre, le Comité de Défense des Juifs va transmettre à lAuditorat Militaire de Liège un dossier à sa charge, mais lenquête sera classée sans suite en avril 1947.
116 JMDV, Archives de lA.J.B.- C.N.H.E.J., Chemise 10 Enseignement , Section C Jury Central, Sous-section 2 Listes.
117 Erwin Koschminski, juif allemand né en 1914, arrive en Belgique en 1933 pour continuer ses études à lUniversité de Liège. Professeur de langues modernes, il est marié avec Frieda Gensaite. Il est déporté avec sa femme par le 20e convoi du 19 avril 1943 (AVLg, SP Lg n° 122776).
118 Lettre datée du 10 avril 1942 (JMDV, Archives de lA.J.B.- C.N.H.E.J., Chemise 10 - Enseignement, section C - Jury central, sous-section 1 - Correspondance.
119 Lettre datée du 15 mai 1942 (JMDV, Archives de lA.J.B.- C.N.H.E.J., Chemise 10 Enseignement, Section C Jury central, Sous-section 1 Correspondance).
120 Voir aussi Barbara Dickschen, « Lillusion dun printemps: Un historique de lEcole moyenne juive de Bruxelles, février-juin 1942 », Les Cahiers de la Mémoire contemporaine, n° 2, 2000, pp. 75-86.
121 AVLg, Cabou Tra n° 4661.
122 AVLg, Cabou Tra n° 4661/02 et 4661/03.
123 JMDV, Archives de lA.J.B.- C.N.H.E.J., Chemise 10 Enseignement, Section H Commissions locales de Liège, Charleroi et Gand. Voir aussi le PV de la 20e séance du CD (04/VI/1942), § 10 : « Le comité décide de faire délivrer par les écoles de Bruxelles, Anvers et Liège des cartes de légitimation à leurs professeurs et à leurs élèves » [ AMB, n° 8036 N 1944, dossier Salomon Ullmann et consorts, (Association des Juifs de Belgique)].
124 JMDV, Archives de lA.J.B.- C.N.H.E.J., Chemise 10 Enseignement, Section H Commissions
125 256 personnes sont déportées par les dix premiers convois au départ de Malines, et 142 dans les camps de travail du Nord de la France.
126 Diverses ordonnances, du 6 mars au mois de juin 1942.
127 Ordonnances du 11 mars et du 8 mai 1942.
128 LOffice National du Travail était un service belge de placement de la main duvre en Belgique, soit dans des firmes belges, soit dans des firmes étrangères. Avant le 10 Mai 1940, il existait à Liège lOffice régional de placement et du chômage qui deviendra, le15 juin 1940, lOffice du placement et du contrôle, et le 10 avril 1941, lOffice National du Travail.
129 CEGES, boucle 84-106 AB / ST.
130 JMDV, Archives de lA.J.B.- C.N.H.E.J., Chemise 18 Comité local de Liège, Section 1- Liste de personnel, A007331 Rapport sur la visite faite par MM. Nozyce et Garfinkels au Major Kurth de lOFK de Liège, Liège juin 1942 et A007330 - Rapport sur lentrevue accordée par Mr. Pirard, chef de service de lONT de Liège aux MM. Nozyce et Garfinkels en date du 24/VI/1942.
131 AMB, n° 1412/L/46, dossier Albert Carpiaux.
132 Procès verbal de la réunion tenue à lO.F.K. de Liège le 18 juin 1942 (AMB, n° 1412/L/46, dossier Albert Carpiaux).
133 P.V de la réunion tenue le 9 juillet 1942 à lO.F.K de Liège (AMB, n° 1412/L/46, dossier Albert Carpiaux).
134 P.V de la réunion tenue le 9 juillet 1942 à lO.F.K de Liège (AMB, n° 1412/L/46, dossier Albert Carpiaux).
135 P.V de la réunion tenue le 16 juillet 1942 à lO.F.K de Liège (AMB, n° 1412/L/46, dossier Albert Carpiaux).Un exemple. Par courrier, S. Meunier demande, en application de lordonnance du 8 mai, à lemployeur de Jeanne Markowicz, jeune polonaise de 18 ans, tailleuse, de procéder à son licenciement à la date du 17 juillet, tout offrant à lemployeur le remplacement du poste vacant. Dans un deuxième temps, Jeanne Markowicz est informée quelle sera mise au travail à la Fabrique Nationale dArmes du 17 juillet au 15 août suivant. Son « contrat » nira cependant pas jusquau terme prévu. Convoquée pour une nouvelle « prestation de travail », Jeanne Markowicz se présentera à la caserne Dossin à Malines le 31 juillet. Elle fera partie du 1er convoi du 4 août.
136 PV de la réunion tenue le 23 juillet 1942 à lOFK de Liège. (AMB, n° 1412/L/46, dossier Albert Carpiaux).
137 PV de la réunion tenue le 23 juillet 1942 à lOFK de Liège. (AMB, n° 1412/L/46, dossier Albert Carpiaux).
138 Lettre de Albert Carpiaux datée du 27 juillet 1942 au Dr. Kurth (AMB, n° 1412/L/46, dossier Albert Carpiaux).
139 Il sagit de Von Pechmann. Voir Eric Paquot, Sicherheitspolizei - Sicherheitsdienst Lüttich et Organisation policière allemande à Liège (1940-1944), Mémoire de licence inédit, ULg, 1985.
140 Pro Justicia du 23 juillet 1946 (AMB, n° 1412/L/46, dossier Albert Carpiaux).
141 Lettre datée du 29 juillet 1942 adressée à lOffice National du Travail à Bruxelles par lOffice du Travail de Liège (AMB, n° 1412/L/46, dossier Albert Carpiaux).
142 Lopération avait débutée par Anvers (13 juin, 14 juillet, 15 août, 12 septembre 1942), Bruxelles (26 juin 1942), Charleroi (31 juillet 1942). Ce seront 2252 juifs qui seront affectés à la construction du Mur de lAtlantique. Voir Maxime Steinberg, L'étoile et le fusil. 1942. Les cent jours de la déportation des Juifs de Belgique, cit., p.145 ; Danielle Delmaire, « Les camps des Juifs dans le Nord de la France (1942-1944) », Memor. Bulletin dinformation, n°8, 1987, pp. 47-64 ; Id., «1942 : LAnnée tragique des juifs du Nord », Tsafon. Revue dEtudes juives du Nord, n° 9-10, 1992, pp. 68-86 ; Actes de la table ronde de Boulogne-sur mer, 24 septembre 1988 : « Les camps des Juifs dans le Boulonnais (1942-1944) », Memor. Bulletin dinformation, n°10, 1989; Anne Godfroid, « A qui profite lexploitation des travailleurs forcés juifs de Belgique dans le Nord de la France? Modalités de payement et de rétrocession », Cahiers dHistoire du Temps Présent, n° 10, Bruxelles, 2002, pp. 107-127 ; site internet de lasbl La Mémoire de Dannes-Camiers : www.dannes-camiers.be.
143 Maurice Benedictus, Historique du Problème Juif en Belgique depuis le 10 mai 1940 jusqu'au 21 décembre 1942 , Lisbonne, 18 février 1943, pp. 22-24 [AMB, n° 8036 N 1944, dossier Salomon Ullmann et consorts, (Association des Juifs de Belgique)].
144 IHOES, Papiers Albert Wolf - CDJ Liège
145 Le témoignage de Mme Hélène Dombrowicz, a été recueilli dans le cadre de mes recherches à Liège le 14 décembre 2002.
146 PV de la séance du CD de lAJB du 27 mai 1943 [AMB, n° 8036 N 1944, dossier Salomon Ullmann et consorts, (Association des Juifs de Belgique)].
147 Le 5 janvier 1944, par exemple, les Ateliers de Constructions de la Meuse à Sclessin envoient un courrier au Secrétariat Général de lAJB de Bruxelles : ladministrateur-délégué désire se mettre en relation épistolaire avec son ingénieur Binem Perlmutter afin dobtenir certains renseignements techniques qui relevaient de son service et qui lui sont nécessaires. Le 4 février, Elie Moëd et Salomon Van den Berg, respectivement Secrétaire-adjoint et chef de ladministration de lAJB, répondent en faisant état de leurs tentatives infructueuses de déterminer le lieu de séjour de Binem Perlmutter. Mais ils suggèrent à leur correspondant de leur faire parvenir un message à lattention de Binem Perlmutter reproduit en 25 exemplaires, soit le nombre de camps de travail dont ils avaient alors connaissance, quils transmettront à « lautorité intéressée » (JMDV, Archives de lA.J.B.- C.N.H.E.J., Chemise 15 Camps de lEst, Section B demandes individuelles).
148 JMDV, Archives de lA.J.B.- C.N.H.E.J., Chemise 15 Camps de lEst, Section A Courrier.
149 Malines: 715 déportés dont 42 rapatriés, 50 évadés des convois 16 et 17 (dont 3 repris ), 1 évadé du convoi 20, Drancy : 74 déportés. Neuengamme : 6 déportés. Environ 16 personnes ont disparues dans des conditions qui restent encore à définir.
150 Exposé des faits (AMB, n° 2764/Mag. 1/44, dossier Joseph Bologne et Lambert Destexhe).
151 AMB, n° 2764/Mag. 1/44, dossier Joseph Bologne et Lambert Destexhe.
152 Procès Verbal de lAudience Publique (n° 2342) du 6 novembre 1945 (Feron Président) - AMB, n° 2764/Mag. 1/44, dossier Joseph Bologne et Lambert Destexhe. Voir aussi dans une brochure publiée en août 1945 et intitulée De quoi maccuse-t-on ?, les déclarations de Joseph Bologne : « Ainsi, à plusieurs reprises, le stadtkommissär dabord, loberfeldkommandatur ensuite, ont insisté pour que je leur remette une liste des francs-maçons et des juifs. Jai refusé catégoriquement. » [Fonds dhistoire du Mouvement wallon (FHMW), B55]. Corinne Godefroid ma aimablement signalé ce document.
153 Courrier daté du 27 décembre 1977, adressé à lAuditeur général près de la Cour militaire (AMB, n° 2287 N 1947, dossier Wilhelm Stade).
154 Pierre Telgmann, né en Belgique le 4/VII/1913, est de nationalité allemande (AMB, n° 386/L/47 dossier Pierre Telgmann ). Pour toutes les informations concernant la collaboration je tiens à remercier Eddy de Bruyne.
155 Voir notamment Marcel Liebman, Né juif. Une famille juive pendant la guerre, Editions Duculot, Paris-Gembloux, 1977, pp.109 ; lettre de M. A. Wolff à M. Janowski du 24 septembre 1948 ( IHOES, Papier Albert Wolf - CDJ Liège) ; Salomon Ullmann, Auditorat Militaire n° 8036 N 1944 Cab 41.
Salomon Ullmann était aumônier militaire des Forces armées belges depuis 1937. En octobre 1940, il devient grand rabbin de Belgique en lieu et place de Joseph Wiener, qui a quitté le pays. Ullmann occupera cette charge jusquen 1957.
156 AMB, n° 8036 N 1944, dossier Salomon Ullmann et consorts, (Association des Juifs de Belgique).
157 Bulletin Administratif de la ville de Liège (1948), Conseil Communal de Liège, Séance du 12 juillet 1948, p.1034
158 La Meuse, 3 mai 1949
159 AVLg, Fonds du Protocole, R.1955, Farde n°3. Discours de M. le Bourgmestre de Liège, Paul Gruselin, en date du 8 mai 1955.
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